Quand des blogueurs font les community managers

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« J’aime », comme dirait notre cher ami Facebook, le titre de cet article. Ces mots n’auraient pas pu être prononcés il y a 20 ans.

En 1994, internet pointait tout juste le bout de son nez. Peu d’entre nous étaient déjà connectés (avec un modem 56k) et avions déjà une adresse email. Les rôles (ou métiers) de blogueurs et community managers n’avaient encore ni sens ni réalité. Seule une imagination à la Jules Verne aurait pu les inventer et les raconter. Aujourd’hui, ils sont aussi courants que l’air et l’eau. A tel point qu’on parle bien de la blogosphère pour désigner ce nouvel espace d’expression !

Mais un blogueur, c’est quoi ? Et un Community Manager, c’est quoi ? Je n’ai pas de réponses toutes faites. A la lumière de ce que je viens de dire dans l’introduction, il y a un principe qui émerge et qui peut nous aider à les définir. « Ces mots n’existaient pas il y a 20 ans », cela signifie qu’il n’y avait pas une réalité qui nous aurait permis d’en parler. Les grecs au temps de Périclès ne pouvaient pas parler de télévision et encore moins la définir, les romains au temps de l’Empire ne pouvaient pas parler de l’avion et aucun égyptien ayant construit une pyramide ne pouvait avoir discuté avec ses collègues de son four à micro-ondes. C’est exactement ce que j’ai vécu quand j’ai passé mon bac dans les années 80. Je ne parlais pas d‘internet avec mes camarades de classe mais je discutais de l’utilité du four à micro-ondes, du film de Bébel qui était passé la veille sur FR3 et du billet d’avion que j’avais réservé pour aller à San Francisco. Vous me suivez ? Je n’invente rien.

A lire les commentaires de certains journalistes sur l’avenir de leur profession, on pourrait croire qu’ils prennent le bateau pour couvrir un événement à l’autre bout du monde !
A lire les commentaires de certains journalistes sur l’avenir de leur profession, on pourrait croire qu’ils prennent le bateau pour couvrir un événement à l’autre bout du monde !

Le blogueur n’est pas…

Le principe peut s’énoncer ainsi : « un mot nouveau désigne une nouvelle réalité ». Cela se traduit de la façon suivante : un blogueur n’est pas un journaliste, n’est pas un écrivain de la même façon qu’un avion n’est pas un bateau ou que la télévision n’est pas un téléphone. On peut dire métaphoriquement qu’un avion est un bateau avec des ailes et que la télévision est une sorte de téléphone avec des images, cela peut aider à en comprendre la réalité en utilisant des comparaisons avec des éléments bien connus, mais cela ne constitue en aucun cas une définition.

Je ne suis pas un journaliste, je ne suis pas un écrivain, je suis un blogueur. Comme le bateau, l’avion permet de voyager, comme le téléphone, la télévision permet de communiquer, comme le journal ou le livre, le blog est un « nouveau » moyen de communication qui nous permet d’écrire.

Mais si l’utilité est la même, alors à quoi bon l’utiliser ? Par conséquent, on s’interroge sur les différences et sur ce que la nouvelle réalité apporte de plus. En 1930, lors de la première coupe du monde de football, les équipes comme la France ou la Belgique, ont fait le voyage vers l’Uruguay sur un bateau. En 2014, aucune des 32 équipes engagées n’a pris le bateau pour aller au Brésil. En 1930, ils ont mis plusieurs semaines, en 2014, cela ne leur a pris que quelques heures. L’avantage de l’avion sur le bateau est donc la vitesse ou la rapidité.

On peut d’ailleurs remarquer la même différence entre la circulation de l’information en 2014 et en 1930. Une information circule plus vite aujourd’hui. Grâce à internet, elle est même diffusée partout en quelques secondes.

Comme le mode de voyager, la façon d’écrire est donc différente. J’ai souvent écrit et j’écrirai encore à ce sujet. Voici une caractéristique sur laquelle j’aimerais insister.

Il n’y a plus de filtres

« Il n’y a plus de filtres ». Ou plus exactement, il n’y a qu’un seul filtre, celui du blogueur et c’est ce qui fait la différence.

Quand l’information était dans les mains d’une élite, il y avait le filtre du pouvoir. Par exemple, le pouvoir politique. Avant de diffuser certaines infos, on demandait l’aval de l’Elysée. Inutile de vous préciser que ce n’est plus le cas aujourd’hui !

Encore présent, il y a le filtre de votre supérieur ou de votre employeur. Pour un journaliste, c’est le rédacteur en chef. C’est lui qui peut apporter des modifications à votre article et en choisir le titre.

Le blogueur ne s’encombre pas, le plus souvent, de ces filtres. Ce qu’il transmet dans un article, c’est sa vision des choses, selon l’angle qu’il choisit en fonction de son vécu, de ses compétences, de ses préférences, de ses connaissances et de ses imperfections. Son article est un produit brut, rugueux, transparent et sincère qui n’existe nulle part ailleurs.

Exemple : quand un blogueur réalise une interview, il ne s’efface pas devant l’autre comme un bon journaliste a appris à le faire. Non, ce qui est intéressant ce ne sont pas seulement les réponses de l’interviewé mais c’est la rencontre entre le blogueur et l’interviewé. Même si c’est la millième fois qu’il répond à des questions, cet interview sera différente des 999 autres et c’est ce qui fera qu’on aura envie et qu’on aura du plaisir à la lire. Le blogueur nous offre des moments uniques. C’est une perspective nouvelle qui va à l’encontre de ce qui a été fait dans la communication du siècle précédent. Ce n’est pas pour rien qu’on baptisait ces moyens de communication avec l’expression « mass média » !

Vouloir faire du blog un mass média est donc une erreur. Le blogueur prend d’autres chemins, bien moins fréquentés.

Et si ces chemins sont moins fréquentés, il aura besoin pour rencontrer son lectorat de passer par d’autres routes, d’autres carrefours et d’autres places.

Ce rôle, c’est celui du Community Manager. C’est lui qui va dire à sa communauté et aux autres communautés qu’il a lu un article qui vaut le détour et qu’il le recommande fortement. Son rôle est donc indispensable et central.

L’idéal est de travailler avec – ou d’attirer l’attention – de plusieurs Community Managers afin que la discussion et le partage puissent s’instaurer dans plusieurs communautés. C’était le pari d’un concept comme le « BlogStorming ».

Le Premier Community Manager

N’oublions pas une chose fondamentale, le premier Community Manager d’un blog, c’est le blogueur lui-même. J’avoue que cet aspect m’intéresse énormément. J’aime quand le blogueur nous raconte pourquoi il a écrit cet article, quand il revient sur les origines de son idée, quand il me dit des choses qu’il n’a pas mis dans son article – faute de place -, quand il me pose des questions, en d’autres termes quand il s’exprime sur son propre travail.

le groupe #jeblogue sur Facebook, 3 règles simples comme un jeu de société !
le groupe #jeblogue sur Facebook, 3 règles simples comme un jeu de société !

Je trouve qu’il manquait un lieu pour cela. C’est la raison pour laquelle j’ai eu l’idée de créer #jeblogue, un groupe sur Facebook où il vient librement parler de ses articles. Il devient ainsi le premier community manager de son blog. Ensuite s’il m’a plu et convaincu, je vais à mon tour être son community manager.

Si vous voulez rencontrer des blogueurs qui font les community managers, c’est sur #jeblogue que cela se passe aujourd’hui. Ce serait d’ailleurs une merveilleuse idée pour un nouveau réseau social. J’en suis convaincu.

Font

Il y a un autre mot, plus ancien, dans ce titre. C’est le verbe « faire » conjugué à la troisième personne du pluriel du présent indicatif : « font ». Il a son importance. J’aurais pu dire « deviennent des » ou « jouent le rôle de », mais cela aurait été un appauvrissement du sens général du titre. Ce « font » évoque-t-il quelque chose pour vous ? Pour moi, ce « font » me rappelle les tables de multiplication que l’on récitait à l’école. Par exemple « 3 fois 7 font 21 ». Il indique donc le résultat d’une multiplication et c’est exactement ce qui se passe lorsque plusieurs blogueurs se mettent ensemble. A chaque partage sur les réseaux sociaux, ils multiplient leur audience.

C’est exactement la philosophie de #jeblogue et c’est pour cela que sur les réseaux – et dans ce groupe mieux qu’ailleurs – des blogueurs font les community managers.

Denis Gentile

15 réflexions au sujet de « Quand des blogueurs font les community managers »

  1. C’est vrai que souvent, on oppose les journalistes et les blogueurs. Je peux comprendre les arguments des uns et des autres, seulement je me dis qu’il y a de la place pour tout le monde… par exemple, je ne considère pas comme journaliste, loin de là, ce n’est pas mon métier, mais je ne vais pas me priver d’écrire sur un blog parce que je n’ai pas « la formation » 😉 par contre c’est vrai que certains blogueurs ont une plume de rêve et pourraient faire une belle carrière journalistique… s’ils le voulaient !

    Quant au community management, c’est vrai que c’est bien plus qu’un « click » pour partager son article sur les réseaux sociaux. Tellement de gens le font, qu’il faut à nouveau trouver des « stratagèmes » (lol) pour se différencier et fédérer une communauté autour de son blog.

    Merci pour ton article ! C’est pour la dernière partie que j’ai rejoint récemment #jeblogue !

  2. Merci Denis, c’est un excellent article et constructif. Concernant les débats sur les différences entre un bloguer, un journaliste, ou un Community Manager, cela sort, à mon avis, à cause l’inquiétude ou même de l’incertitude d’être à la hauteur de garder les places des gens qui justement exercent ces métiers. Néanmoins, le talent est le talent, tellement puissant que la plupart de temps bats largement la formation. Et la personnalité, la vision et l’interprétation uniques des bloguer font d’eux-même tout ce qu’ils veulent. Il suffit de s’engager tout en montrant son envie de s’investir, sa volonté et ses capacités…

    1. Merci à toi Dilara. On pourrait aussi dire que c’est la peur de ce que l’on ne connaît pas. D’où l’intérêt de faire un pas vers l’autre pour mieux le connaître et pour se présenter.

  3. Je trouve le community management de plus en plus difficile à gérer. Il faut une sacrée imagination pour que les gens cliquent sur nos articles. Donc oui le community manager est un élément clé !

    Parfois je me demande si nous ne finirons pas par bloguer uniquement sur les plateformes réseaux sous forme de micro-blogging.

    Le groupe facebook que tu as créé est donc bienvenu !

    1. oh oui Haydée, merci pour ton commentaire, il faut une sacrée imagination, une bonne dose de créativité. C’est vraiment pertinent comme remarque car beaucoup voudrait nous faire croire que le community management est une tâche répétitive dont la seule compétence est de savoir faire un clic ! C’est bien plus et un groupe comme #jeblogue le démontre chaque jour.

  4. Très intéressant, j’ai eu ce débat récemment, entre journaliste et blogueur. Une personne avec qui je discutais trouvait que les blogueurs n’ayant pas la formation qu’un journaliste pouvait avoir, et donc elle ne trouvait pas ça normal de pouvoir autant s’exprimer…(je résume hein). De même toute la partie CM et le réseaux autour d’un blog, qui est juste le reflet d’une personnalité est intéressante. Personnellement j’essaye de me servir du blog comme d’une carte de visite, et échanger ensuite sur les autres blogs, sur les réseaux…tout est complémentaire !

    1. Bonjour et merci Nicolas, je suis bien d’accord avec toi. J’ai commencé ma carrière pro par le journalisme, c’était déjà il y a 25 ans ! (le temps passe). Aujourd’hui, je me rends compte que j’avais un défaut qui m’empêchait d’être un bon journaliste : j’écrivais comme un blogueur ! J’ai donc abandonné cette carrière et j’ai attendu l’invention du blog pour refaire surface et recommencer à écrire des articles. Effectivement, il y a heureusement de la place pour tout le monde de nos jours aussi bien les journalistes que les blogueurs. En partant sur cette bas, les deux peuvent dialoguer intelligemment. Je reprends ta conclusion : tout est complémentaire !

  5. Comme vous, je suis très interessée par cette « double compétence », merci pour cet article très complet et merci pour #jeblogue ! J’ai quitté tous les groupes de « partage » d’articles entre blogueurs, parce que c’était du partage sauvage, sans même un bonjour, et surtout, sans aucun intêret pour le travail des autres membres.
    Je n’ai conservé que #jeblogue, et j’espère qu’il ne sera pas envahi par ces mêmes personnes. Encore merci à vous, et aux autres modérateurs du groupe !

    1. Bonjour et merci pour ce commentaire qui résume parfaitement ce que l’on veut faire sur #jeblogue. Ce n’est pas facile car Facebook ne nous donne pas assez d’outils pour faciliter notre travail de modération. Tout repose sur l’humain, l’esprit d’observation des administrateurs et sur la confiance. C’est un peu comme un arbitre de foot qui ne peut pas compter sur les ralentis. Mais cela fait aussi que l’atmosphère est plus conviviale. Encore merci et je vais partager avec les administrateurs et les membres de #jeblogue ce commentaire.

  6. Bonjour Denis.
    Merci pour cet article qui me parle beaucoup, surtout la rencontre entre le blogueur et l’interviewé. Je fais régulièrement des interviews d’auteurs et je suis à chaque fois émerveillée par les réponses de chacun. Nous sommes tous si différents! Et ça, c’est une sacrée richesse! Des valeurs que l’on « possède » en soi et que l’on transmet.
    Par contre concernant le community manager, est-ce que le statut de blogueur est suffisant pour faire de chacun un community manager ? Je n’en suis pas si sûre.
    Belle journée! 😉

    1. Bonjour Claire et merci. A partir du moment où on est sur les réseaux et que l’on partage du contenu sur un sujet en particulier, c’est une action de Community Management. Autour d’un thème on va générer une communauté qui va nous suivre. Exemple, j’ai l’habitude de partager du contenu sur l’Italie, cette passion permet de me décrire comme un « community manager de l’Italie ». Donc oui bien sûr, un blogueur, dans ce sens, est bien un community manager. Mais attention, il ne faut pas se méprendre car Community Manager est aussi un vrai métier qui demande des qualités rédactionnelles, relationnelles, de l’expérience, une bonne culture générale, une connaissance, voire maîtrise des outils du web, de la flexibilité et j’en oublie. En résumé, un blogueur amateur sera un community manager amateur et un blogueur pro sera un community manager pro. Sur #jeblogue, on trouve les deux 🙂