Les Technos se rebiffent !
2011
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Les Nouvelles Technologies impressionnent par leur puissance de calcul et leur capacité de mobilisation de ressources et d’information. C’est probablement au moins la marque de la diffusion de l’ordinateur qui « n’est pas une machine à écrire qui envoie des télégrammes ou présente joliment un programme de colloque. C’est une logistique puissante de traitement informationnel, de management de l’information et de la connaissance, de veille scientifique, technologique, concurrentielle, stratégique… » A l’échelle de l’humanité, un tel concentré est évidemment récent et fera probablement date. Leurs diffusions tous azimuts l’attestent déjà. Pour autant, la question des Nouvelles Technologies s’inscrit dans le débat plus large de la technique et du développement de la science. Comme l’explique Gérard Chazal, certes, on trouve bien des esprits pour ne plus croire que « le progrès technique entraîne automatiquement le bien être matériel et le progrès de l’humanité. » Mais alors, « certains cultivent la nostalgie d’un monde moins technicisé, oubliant d’ailleurs souvent quelles furent les conditions de vie difficiles des ancêtres ». Les Nouvelles Technologies donnent à l’Homme les moyens de développer ses propres richesses intérieures.L’Homme a tellement employé au cours de son histoire le mot nouveau que celui-ci en est devenu quelque peu suspect. Avec un peu de recul, il est aisé de considérer cette nouveauté comme relative et valant bien évidemment pour le passé. Qu’en est-il pour les Nouvelles Technologies ? Comme pour toute technologie, les produits auxquels nous faisons ici référence permettent à l’Homme de s’extraire de la seule contingence physique pour mettre davantage en œuvre son intelligence et occuper son temps disponible plus intensément. Passer d’une paire de ciseaux à une tondeuse électrique permet probablement d’avoir un autre regard sur le jardinage et sa famille qui y gambade. Pour s’en convaincre, prenons-le raccourci du zéro : son invention par les Grecs leur a donné une intelligence mathématique absente chez d’autres. Considérons alors la multiplication des zéros dans le langage informatique ! C’est bien entendu une métaphore mais elle illustre le fait que l’ouverture de l’esprit grâce à l’ajout de connaissance, à la concentration du savoir crée un puits sans fond que l’intelligence est a priori amenée à explorer pour aller plus loin. C’est en tout cas le concept des promoteurs des Nouvelles Technologies. Le développement de la connaissance humaineLes Nouvelles Technologies permettent une meilleure conservation de l’information et donc une mise à disposition d’autrui de celle-ci plus efficace. Cette mise à disposition de davantage de savoirs déclenche une stimulation sans fin.La soif de savoir s’étanche d’autant moins qu’on y répond. Une fois éveillée, la curiosité se nourrit des réponses qu’on y apporte et c’est une forme de positive boîte de Pandore qu’on ouvre ainsi. La numérisation de l’information via les NTIC permet à la fois son transfert avec un minimum de restrictions physiques mais surtout permet d’établir des connections entre différents éléments, entre différents supports et entre différents thèmes. L’association de différentes connaissances s’avère être un vecteur capable de favoriser la synthèse et donc l’éveil de l’intelligence. Même si on ne peut tout savoir et qu’on en est conscient, le simple fait de croire qu’on peut partager des connaissances est une stimulation favorisée par les NTIC. L’ouverture à l’abstraction via le virtuelComme on ne peut expérimenter toutes les informations, -c’est là un phénomène bien antérieur aux Nouvelles Technologies-, une capacité d’abstraction est indispensable pour faire progresser son intelligence. Ainsi que l’explique Einstein, « les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain et ne sont pas déterminés par le monde extérieur ». Les Nouvelles Technologies offrent une extériorisation de nos compétences pour élargir notre avenir. Tout comme leurs devancières, les Nouvelles Technologies jettent un pont entre l’intériorité de l’Homme et son environnement extérieur. Il s’agit sans doute d’intensifier les connections de son intelligence, mais bien plus encore de les orienter vers un résultat concret ou en tout cas visible. Il y a donc ici, l’intelligence en main, un exercice d’affirmation de soi et un refus du fatalisme face à un destin ou à notre environnement. Les Nouvelles Technologies permettent ainsi à l’Homme d’être davantage Homme en ce sens où les possibilités de mémorisation et de partage des connaissances favorisées par elles font de chaque progrès individuel une partie versable dans le patrimoine commun de l’intelligence collective.
La domination de la nature par l’HommeQuand l’Homme s’extrait des contingences de son existence physique, il domine sa nature et, comme on l’a vu, les Nouvelles Technologies peuvent y contribuer. C’est d’ailleurs ici que l’on retrouve les bienfaits d’une certaine abstraction à la base de la recherche scientifique, mère des technologies. Pour Bertrand Souchard, si la science résolument moderne a émergé dans l’occident judéo-chrétien, c’est en raison de la théologie de la création qui désacralise la nature et pose sa rationalité. Cette théologie est d’abord un raisonnement qui jette un regard sur le réel. En soi, ce n’est pas toujours une expérimentation directe. Mieux encore, l’incarnation de Jésus, du Ciel sur la Terre (les hommes) donne à la matière sa dignité et montre que la présence sensible de l’humanité ne détériore pas la divinité. Il est donc possible, les pieds sur terre, de penser au ciel et de combiner foi et raison. Cette force de l’abstraction permise par les Nouvelles Technologies est capitale. Car comme l’explique Pierre Duhem, « c’est l’interprétation théorique qui permet à l’expérimentation scientifique de pénétrer bien plus en avant que le sens commun dans l’analyse détaillée des phénomènes» . Capitaliser sur le collectif de nos expériencesLa mise en commun d’expériences est, on l’a vu, bien antérieure à la diffusion des Nouvelles Technologies. Les encyclopédistes sont en effet passés par là. Mais le rythme actuel est d’une autre ampleur. ![]() San Matteo, Michelangelo, La Galleria dell'Accademia, Florence. Saint-Mathieu est-il libre ou prisonnier de la matière ? Le techno est-il libre ou prisonnier des nouvelles technologies ? Autrement dit, il n’y a de bien pour l’homme que lorsqu’il décide de se donner à autrui, la Nature comprise. C’est là un patrimoine qui se crée et s’entretient. Mais ce don n’est pas abandon ! Les Nouvelles Technologies, par leur culte de l’échange y contribuent. Un peu de réflexion nous fait aussi observer que réciproquement un amour immodéré de la nature cache une haine des hommes… Mais c’est là un tout autre débat. L’isolement d’individus qui ne se retrouvent pas forcément dans les opinions publiques n’est pas une fatalité : les NTIC permettent d’agréger des individus et de regrouper ces nomades en communautés avec leurs codes comme le monde de l’internet aime à s’en faire l’écho via les blogs et autres fora. Dans le même genre d’autonomisation, on peut relever que grâce à l’internet, des artistes musicaux peuvent commencer par se faire connaître à moindre frais, libérés de certaines des contraintes physiques de l’édition et davantage en prise avec leurs publics via les sites et autres courriers électroniques. On le voit donc, ce nouvel espace de liberté est censé mieux faire cohabiter patrimoine commun de connaissances et une certaine autonomisation de l’individu. Pour Monique Linard, avec les NTIC, « la capacité d’intégrer le changement par une action relativement autonome devient un critère central d’efficacité aussi bien pour les individus que pour les groupes sociaux ». La dynamique des Nouvelles Technologies est en effet celle d’une performance à améliorer, ce qui implique une spirale du changement et une nécessaire adaptation des utilisateurs. Une planification des processus en vue d’une meilleure performanceLa nature des Nouvelles Technologies permet une optimisation des processus en limitant les risques d’erreur lors des répétitions des tâches. Une fois stockée, l’information ne perd pas, en soi, de fraîcheur par rapport à l’usage auquel elle est destinée. L’information ne perd en fait de sa fraîcheur qu’en cas d’arrivée d’une autre information qui infirme celle jusque là considérée comme pertinente. Mais les Nouvelles Technologies favorisent un rapport complexe avec la vérité scientifiqueIl est sans doute utile d’introduire une distinction entre les Nouvelles Technologies destinées au dialogue en réseau et celles conçues pour l’usage de son propriétaire sans que ce dernier n’intervienne avec d’autres homologues, avec d’autres hommes. Les Nouvelles Technologies sont bien multiformes. Dans le cas des jeux vidéo par exemple, on fera la distinction entre les programmes de réseaux et les supports où l’Homme ne joue que contre la machine. Les jeux de la mesure rationnelle et de la perception émotionnelleOn a vu que la mise en commun d’information via les NTIC permettait de limiter les risques du subjectivisme et d’aller par là à davantage de rationalité. Ces signaux ne sont donc pas exactement les mêmes que ceux décodés lors de la lecture d’un simple document papier : la distance n’est pas identique, cela donne au cerveau d’autres occasions de fonctionner, de communiquer et d’assimiler. Passant par l’image, la technologie prend aussi beaucoup appui sur la charge émotionnelle même si on prend pour décrire ces phénomènes un discours physique comme le concept de l’ergonomie visuelle le montre. Ce concept d’ergonomie valorise la notion de confort, ce qui peut en fait prendre en compte aussi la gestion des émotions. Le balancier entre réalité, vérité et falsification![]() Le buzz (anglicisme de bourdonnement). Illustration du livre de Monica O'Brien sur les réseaux sociaux : "Pollinisation Sociale", les éditions Diateno Les échanges d’information que facilitent les Nouvelles Technologies permettent de contribuer à la confrontation de points de vue et peuvent aider à extraire d’une collection d’expérience une vérité. Comme le montre le phénomène du « buzz » sur internet, cette diffusion d’une information originale, d’une rumeur, ce qui compte c’est le consensus du moment, la vérité du moment, la scorie d’une comète pourrait-on dire. A partir du moment où des internautes réagissent au buzz, ils contribuent à la valider, à la faire exister. Il s’agit là d’un pouvoir de création mais aussi de manipulation. L’échange sur internet se paramètre d’abord en vue de favoriser des confirmations des informations transmises. C’est là une grande utilité dans le sens où une information est jugée populaire si elle profite à la communauté, c’est-à-dire si elle peut être reprise par d’autres sites internet.
Mais c’est là également sa limite car la science procède d’une démarche plus ample. Elle progresse aussi beaucoup par infirmation d’une théorie, d’un concept, donc par phénomène de falsification, histoire d’emprunter ensuite un autre axe de recherche. Il ne s’agit pas ici d’une forme de relativisme scientifique à la chinoise où le vrai ne serait qu’équivalence du faux. Il s’agit de donner à une théorie toute sa chance intellectuelle, même si elle s’avère par la suite fausse. L’intérêt est d’avoir exploré le potentiel de réflexion, éventuellement pour aller ailleurs. Or, internet n’est pas à l’aise avec ce genre de démarche. Cela ne veut pas dire qu’internet s’oppose à ce genre de pratiques liées au phénomène de la falsification, mais il n’y va pas naturellement, plus occupé qu’il est à produire un message instantané de validation, le résultat d’une réflexion et non une réflexion elle-même. L’erreur n’est pas valorisée par internet comme elle l’est sur d’autres supports. Le yo-yo entre échange et usage : le combat des valeurs.Ainsi qu’on l’a déjà expliqué, la valeur fondamentale officielle des NTIC en réseau est actuellement d’abord l’échange. « L’utopie du web, c’est le partage, pas le cartésianisme ». Il est à cet égard intéressant de noter qu’au terme de dialogue, on substitue ici le terme d’interactivité, une vision beaucoup plus mécanique. Ce n’est bien souvent que dans le descriptif de logiciels qu’on entend parler de boîtes de dialogue, caricatures en réalité du dialogue humain.
Tout cela procède de la première volonté de s’extraire des contingences physiques et de la distance. Mais certains réseaux internet valorisent même la valeur de leurs membres au nombre d’amis, au nombre de relations, au nombre de fans, autant de pourvoyeurs possibles d’échanges. Cette vision néglige en fait que cet échange n’est en réalité motivé à l’origine que par la transmission de données utiles. La valeur d’usage a donc par la suite en grande partie disparu au profit du concept du réseau. Les deux valeurs ne sont certes pas antagonistes. Mais la récente prééminence de la valeur d’échange n’est pas anodine. On peut la voir comme le moyen de justifier le réseau pour le réseau, un peu comme une société s’auto justifie. L’exemple des sites qui affichent le nombre de visites ou de téléchargements participe de cette ambivalence entre valeur d’échange et valeur d’usage. Est-ce un bon site parce que beaucoup d’internautes y ont échangé, atterri ou parce qu’ils y ont puisé des informations ? C’est comme le vu à la télé… On ne sait pas mais l’air de déjà vu rassure. Tant de personnes ne peuvent tout de même pas se tromper… Philippe de CasabiancaEn complèment de cet article, lisez aussi Mark Zuckerberg serait-il plus visionnaire que Léonard de Vinci ?
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