3 centimes le kilo de tomates !

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Ah ça fait rêver n’est-ce-pas ? Vous vous demandez où ? Oui, où trouver des tomates à 3 centimes le kilo ? Seriez-vous passé à côté d’une mesure du gouvernement sur le pouvoir d’achat ? Redescendez sur terre tout de suite, actuellement, fin septembre 2011, le kilo de tomates rondes origine France est à 1,48 euros (source Ministère de l’Agriculture).

Vous les auriez vraiment achetées ces tomates à 3 centimes le kilo ? Franchement, ça ne vous paraissait pas louche ? A ce prix-là, vous pensiez vous régaler (tomates-mozzarella pour M. Denis s’il vous plait…) ? Vous avez cru que vous pourriez les garder longtemps avant de les consommer ? Qu’elles seraient aussi belles et fraîches que celles que l’on voit sur le marché ? Et vous avez pensé au producteur ? Vous croyez vraiment qu’en les vendant 3 centimes le kilo, il rentre dans ses frais, il paie l’eau, l’engrais, le temps qu’il y passe ? Et oui, toute chose a une valeur…

De la difficulté de vendre de l’abstrait

Et l’on se rend compte qu’il est très difficile de faire comprendre cette idée lorsqu’on vend de l’abstrait. Nous concepteurs rédacteurs, blogueurs, community managers, vendons des prestations qui ne paraissent pas concrètes, palpables à première vue, pour le grand public. Nous voici donc à aborder à nouveau le sujet des tarifs. Encore une fois, ce débat a fait l’objet de riches échanges sur Viadéo. C’est une rédactrice correctrice indépendante qui a lancé la discussion après avoir reçu une proposition de travail « avec des tarifs hallucinants », je cite. Voici le mail qu’elle a reçu :

« Je suis chargé de recruter des relecteurs/correcteurs freelance pour une agence de production de contenus pour des éditeurs web. Nos rédacteurs web produisent des articles courts (70 à 150 mots) autour de thématiques culturelles (bio d’acteurs, villes de France), historiques (grandes dates), économiques (présentation d’entreprises et de marques), touristiques (lieux à visiter) ou encyclopédiques (définition de locutions, citations et proverbes). La rémunération est de l’ordre de 1€ le feuillet (1500 signes). L’agence travaille généralement sur des projets de gros volumes car son positionnement est axé sur des bases de données éditoriales de grande ampleur. Une collaboration récurrente serait donc envisageable, avec des commandes plus ou moins importantes en fonction de vos disponibilités. »

« moi, la baguette, je vous l’achète 35 centimes ! »

« Votre profil m’intéresse… »

Les réactions ont fusé bien entendu ! Avec un premier constat : c’est le client qui établit le tarif, vous imaginez-vous dans votre boulangerie dire « moi, la baguette, je vous l’achète 35 centimes ». Mais cette proposition concernait des prestations en relecture/correction. C’est ainsi qu’un de mes confrères a voulu pousser la démarche plus loin en écrivant à ce monsieur… Il l’a invité à lire un de ses articles et à lui faire savoir combien il l’aurait acheté. Précisons que l’article était de qualité et rédigé par un professionnel expérimenté. Ce à quoi le monsieur en question lui a répondu :

« J’ai bien reçu votre candidature. Votre profil m’intéresse, mais avant d’aller plus loin je vous donne quelques détails sur notre activité. Tout d’abord, les articles que nous produisons servent à remplir d’importantes bases de données éditoriales de gros éditeurs web.  Il s’agit de petites synthèses sur des sujets précis (date historique, présentation de villes de France, d’entreprises ou de marques…). La méthode consiste à passer par une source d’information sur internet (type Wikipedia) pour en extraire la matière afin de rédiger un article court (70 à 200 mots) et original (nous effectuons un test anti-plagiat systématiquement, aucune phrase présente sur le net ne doit être retrouvée à l’identique dans nos productions). Nous ne cherchons pas de rédacteurs « experts », mais des rédacteurs web qui maîtrisent les méthodes de rédaction pour réaliser ce travail sur différents sujets. Il s’agit donc d’écrire court et efficace (et sans faute de préférence). La rédaction d’un article est assez rapide, pour une rémunération de 0,03 cts le mot (3 € les 100 mots).  Le processus de recrutement est le suivant : tout d’abord, nous vous faisons parvenir un zip contenant différents tests pour s’assurer que vos qualités rédactionnelles cadrent avec nos attentes. Ensuite, si le test est positif, nous établissons un contrat-cadre qui fixe les termes de notre collaboration (tarifs notamment), et nous passons notre première commande, avec paiement à réception de cette dernière (car établie en fonction du volume). »

Rédacteurs, Community Managers de tous les pays, unissons-nous !

A la suite de quoi, mon confrère s’est amusé à faire une simple multiplication et est arrivé au résultat suivant : son bel article de 1600 mots aurait été acheté 48 euros… Si on ramène au feuillet approximativement, cela nous fait 9 euros le feuillet de 1500 signes… La personne lui ayant envoyé la proposition lui a alors répondu que son article n’avait rien de comparable avec le type des prestations demandées, soit ! Mais nous, professionnels avons le devoir de faire entendre notre voix pour faire respecter notre métier et tirer la qualité vers le haut. Quand pour ce prix-là, on ose en plus demander une qualité irréprochable avec un test anti-plagiat, des tests rédactionnels, etc, on se demande où l’on va !

Malheureusement, comme de nombreuses personnes l’ont écrit dans la discussion Viadéo, certains d’entre nous acceptent de telles conditions : par inexpérience, par manque de travail, parce qu’il faut bien gagner sa vie… A nous professionnels de dénoncer ces pratiques et de diffuser l’information auprès du plus grand nombre. Car c’est ainsi que nous instaurerons dans les esprits la valeur de notre travail et que nous permettrons à ceux qui débutent de ne pas tomber dans ce miroir aux alouettes. L’idée a même été soulevée de créer une structure (syndicat, corporation…) pour établir des tarifs, à méditer…

« Elles sont fraîches mes idées, ils sont beaux mes mots, cueillis de ce matin, 3 centimes le mot ! »
Ah, le poids des mots, le choc des tarifs ! 

 

Cécile Courtais

L’agence Red Act publie chaque année le baromètre de la rédaction web

LA REFERENCE :
Si vous souhaitez connaître les tarifs officiels des REDACTEURS WEB,
nous vous invitons à consulter le BAROMETRE DE LA REDACTION de Stéphane Bourhis,
créateur de l’agence RED ACT en 2004.

Voici un extrait de la dernière édition (on est loin des 3 centimes le kilo de tomates !) :

« Publi-Rédactionnel (1500 signes) : de 80 à 150 euros (50-200)
Article (3000 signes) : de 120 à 350 euros (40-600)
Article (6000 signes): de 200 à 600 euros (75-800)
Dossier (12000 signes) : de 400 à 900 euros (175-1200)  »

Plus de détails

 

Cécile Courtais

9 Comments
  1. Sophie, Laurence bonjour et merci pour vos commentaires.
    @ Sophie : nous sommes heureux de constater que cette agence est réglo mais ça fait aussi plaisir de lire que vous trouvez que c’est loin d’être rentable !
    @Laurence : c’est très sympa, merci et au plaisir de vous lire !

  2. Ah oui… Comme je me reconnais dans votre article ! J’ai effectué deux commandes pour ce client facilement identifiable. En effet, c’est loin d’être rentable. D’autant qu’en plus de la rédaction, il faut compléter les colonnes annexes des fameuses bases de données dont certaines demandent un temps de recherche non négligeable sur le web. En tout cas quand on travaille consciencieusement… Ceci dit, au-delà de l’aspect tarif, je tiens à préciser que cette agence de production de contenu est 100% réglo d’un point de vue administratif et financier. Contrat garanti et paiement rubis sur l’ongle.

  3. Bonjour Magali,
    et merci pour votre commentaire. Effectivement, l’artisanat est un secteur fortement touché par le sujet. Je vous rassure, même si nous ne l’avons pas abordé dans l’article, nous avons aussi de la concurrence venue de pays où les tarifs sont cassés, où les rédacteurs ne connaissent qu’un français approximatif… Il faut vraiment informer comme vous le faites : expliquer comment on établit un prix, tous les frais inhérents que le grand public ne soupçonne pas. Votre suggestion donne de nouvelles idées d’articles, merci !

  4. Bonjour Denis,

    Très intéressant ! Je suis dans un autre domaine, l’artisanat , mais le problème est le même ! Concurrencé par des productions de pays où la main d’oeuvre est exploitée, il est impossible de vendre certains objets.

    Quant au faire soi-même (loisir créatif ou jardinage, même combat!) , c’est toujours une possibilité, mais ce n’est plus un travail, on ne se rémunère pas, on ne paye que les matières premières alors, pas de comparaison.

    La plupart des gens ignorent malheureusement les composantes d’un prix : matières premières + quote-part des : frais de production (main d’oeuvre, électricité, loyer etc …) + quote-part des frais de gestion (comptabilité, declarations diverses, etc …), + quote-part des frais de commercialisation (% versé à la boutique) + quote-part des frais de communication (publicité pour se faire connaître par exemple) …

    Je rajouterais que la plupart des salariés ignorent leur coût salarial horaire réel salaire+ charges salariales + charges patronales + cout des avantages divers attribués, et compareraient avec un smic si on leur donnait le temps de réalisation d’une oeuvre, alors que leur propre travail est la plupart du temps bien mieux rémunéré !

  5. On peut pourtant trouver moins cher :

    du pain moins cher ? C’est possible. La recette : farine, eau, levure et sel. On le fait soi-même.
    des tomates moins chers ? Même principe. Du terreau, de l’engrais, de l’eau et des plants de tomate. Elles pousseront dans votre jardin. Aussitôt cueillies, aussitôt consommés. C’est plus frais et même meilleur.

    La différence ? Ce pain et ces tomates sont pour votre consommation personnelle. Si vous deviez les produire pour plusieurs milliers de clients alors le « fait maison » sera insuffisant.
    Il faut donc faire appel à une structure professionnelle et des experts. Un boulanger, un jardinier, etc. Pour le web, il faut passer par un REDACTEUR !

    C’est aussi simple que cela, qu’en pensez-vous ? Avez-vous d’autres recettes ?

    1. Bonjour Denis et merci de ton commentaire !
      Personnellement, j’essaie de faire pousser un olivier sur mon balcon depuis bientôt 2 ans, il n’a pas beaucoup grandi… J’ai tenté une nouvelle expérience avec un plant de basilic, c’est loin d’être un succès ! En conclusion : je n’ai pas la main verte, chacun son métier !

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