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Quel est le propre d’un esprit créatif ? Voir des liens entre des choses et des situations qui n’ont en apparence rien en commun. Par exemple : d’un côté le monde de l’informatique et du web, de l’autre Dieu et la religion. Et pourtant, les similitudes abondent. La preuve de leur existence : le premier TWEET envoyé par Benoît XVI sur son iPad ! D’autres preuves ? Lisez l’article d’AUTEUR de Céline Jyoti qui nous parle d’un Nouveau Dieu ! Inattendu. Etonnant. CULTE !

Le principe d’une religion est un modèle égalitaire. Tout le monde est égal devant dieu même si certains sont des élus, les prêtres et les initiés. Chacun attend son salut. Le monde a une raison et l’on se retrouve par miracle au milieu de ce sens dont on devient un acteur. Depuis le déclin de nombreuses croyances, l’humanité s’est rabattue sur la technique, la technologie toute puissante que chacun acquiert et utilise après avoir lu un mode d’emploi.

L’électronique s’est immiscée en chacun des instants de notre existence procurant une avancée incontestable. Tout devient facile et accessible. La nouveauté qui connaît la plus grande popularité depuis son apparition est l’informatique où il devient possible de communiquer avec la matière. L’objet était servile. Grâce à l’informatique, il prend des apparences intelligentes sous forme d’une gigantesque mémoire emmagasinant tout sans rien oublier.

Ce qui nous relie

Ces objets inertes autour de nous ont acquis ce qui semblait impossible, une âme. Pas une vraie, une illusion, mais une illusion qui tient la route. Il suffit d’une prise téléphone et, prodige, nous voilà connecté au monde entier, le voilà à notre portée. On peut emmener avec soi un portable et où que l’on se trouve, on communique avec le monde. Le monde se fiche pas mal de nous, mais nous sommes fiers de ce lien nous reliant aux humains faisant ainsi de nous un acteur potentiel. Ce qui nous relie, là est la définition d’une religion. Internet est devenu le nouveau dieu du monde, le dieu du virtuel, Virtualus Dei.

Une vie accumule échecs et aigreurs de ce que l’on n’a pas réussi, de tout ce que l’on n’a pas et que l’on n’aura jamais. Dieu sert à nous faire espérer. L’informatique nous faire croire que rien n’est perdu. Une seconde chance tombe du ciel. Un outil qui sert à nous valoriser à notre gré est un dieu merveilleux. Internet nous offre l’expiation de nos pêchés par le culte de la communauté des internautes.

L’esprit saint s’invite en chacun de nous, Pentecôte. Nous voilà renaissants de nos avanies, Pâques. Les évangélistes prônent les valeurs d’Internet en de longs sermons. Prenez un forfait et naissez à un monde nouveau plein d’espérances. L’homme ressuscite dans la machine virtuelle, cette résurrection n’est pas celle de l’amour, mais elle en prend la couleur. Conjurer le démon de l’échec avec le prêche de la réussite. Il suffit d’un petit pécule et de publicités, le tour est joué.

Le Pape a rédigé et envoyé son premier tweet ! Son doigt créateur sur un iPad ! « Chers amis, je viens de lancer www.news.va. Que soit loué notre Seigneur Jésus Christ. Avec mes prières et mes bénédictions », a écrit le pape en anglais. »

Pour démarrer, il faut une dose de résignation, il faut se plier aux commandements du marché. Se soumettre pour échapper au poids du châtiment afin d’expier ses fautes. La rédemption parle le langage secret d’un évangile que seuls connaissent les initiés. Sans ce langage secret, nous restons des débutants, tributaires du bon vouloir de ceux qui le possèdent. Ce que l’on ignore du dogme technique, on le remplace par une bigoterie outrée à l’ordre booléen censé nous libérer de toute contrainte même si, en attendant, il est la contrainte absolue d’une liturgie du privilège.

On apprend les rudiments de la théologie durant la période probatoire du noviciat. Beaucoup d’appelés, peu d’élus. On apprend à devenir dépendante, pas indépendante. Pour gagner, il faut se plier au moule. On se retrouve petits moutons, on se rapproche les uns des autres, on sait le diable tapi quelque part, prêt à nous dévorer toute crue. On baisse la tête pour être sûre de ne pas la perdre. Pour devenir sainte, il faut montrer son allégeance. On devient une fidèle. Le grand dieu est inatteignable, c’est par son fils virtuel qu’on peut prétendre au chemin qui mène à lui. Il faut de nombreux sacrifices pour y arriver. Tout est permis du moment qu’on ne profane pas la bête.

 

 

 

 

 

 

Un détail du Plafond de la Chapelle Sixtine par Michel-Ange. Les similitudes sont frappantes avec l’image du Pape tweetant ! Michel-Ange a toujours été en avance sur son temps. Mais son « iPad » a plus de 500 ans !

 

 

 

Si l’élan mystique vers le nouveau dieu est le même, chacun pense posséder la meilleure méthode pour y parvenir. Internet est dominé par des sectes rivales dont chacune a sa morale rejetant avec mépris celle des autres. On assiste à des guerres de religions, on y assistera de plus de plus. La police religieuse s’attaque aux mécréants et tricheurs de tout acabit, ces pillards qui croient pouvoir s’emparer de ce qu’ils ne veulent pas payer. On attend la formation d’armées célestes pour régulariser les grands flux.

La presse ne meurt pas, elle change de visage

Nous voici aux commandes d’un outil allié. Nous voilà rêvant de conquérir le monde. On parle, le monde nous écoute, on nous répond parfois, bref, le monde devient si beau que l’on en devient beau soi-même. On s’organise, on trouve la forme appropriée et nous voilà à la tête d’un blog, cette voix nous offrant une musique. Chacun y va de sa confession car tous nous partageons les mêmes pêchés. Le public est là, c’est indéniable, reste à lui faire comprendre que nous sommes ici.

Les voies du succès sont impénétrables, mais elles sont grandement aidées quand on est de la confrérie. Les informaticiens forment le nouveau clergé, les décideurs du moteur, les Richelieu du roi que nous voulons devenir.

On nous parle de la mort de la presse. Non la presse ne meurt pas, elle change de visage et elle a conquis sa place dans l’ordinateur. On nous annonce la mort du papier, il se virtualise. On touchait la feuille imprégnant les doigts d’encre grimée d’odeur forte, désormais on s’use les yeux sur des pages illuminées par l’esprit saint.

Une deuxième chance

Les religions se nourrissent des ressentiments de la vie. Tout ce qui est loupé découvre avec Internet une deuxième chance. Un écrivain raté trouve une place de scribe dans le temple de l’informatique. Il croit agir pour lui, il se croit au cœur des débats, il ne voit pas sa réussite, il la devine au détour du chiffre d’une statistique. Il sait qu’il faut frapper fort pour se faire remarquer, il n’a rien à perdre. La provocation est l’aumône que l’on fait au grand dieu.

Dans le débat, tout le monde a son avis même s’il n’en a pas la compétence. Après tout, j’existe puisque je suis une créature du Web. En dehors de quelques croyants fanatiques et de mystiques, la religion est un salut facile qu’on offre à tout à chacun contre une petite compensation financière. Une fois que l’on possède un abonnement, on a accès à un nombre immense de services quasi gratuits même s’il faut passer par la pub. Pour acquérir un peu de sagesse, il faut beaucoup de sermons. Le temps des apôtres est fini. Pour se faire remarquer des évêques, il faut montrer patte blanche, il faut plaire, juste quelques concessions. La crucifixion est à ce prix.

Quand la télévision est apparue dans les foyers, chacun s’est vu projeter au centre du monde. Ça n’a pas duré. Très vite une aristocratie s’est emparée des médias fermant à tout jamais le spectateur de ce qu’il croyait pouvoir agir. Ne risque-t-on pas pareil phénomène avec Internet ? Comment imaginer qu’un tel système aussi lucratif puisse être ouvert à tous sans être consommé, c’est-à-dire sans rapporter de sous ? L’histoire a montré que dieu, pour subsister, a besoin d’être rentable.

Dieu appartient à tous, mais tous n’y ont pas la même place, ni les mêmes intérêts. Dieu est un démocrate, mais il choisit ceux qui lui semblent le plus dignes de le représenter, en somme, ceux qui lui apportent le plus de considération en autant de monnaie sonnante et trébuchante. Le dieu argent reste tout puissant, mais il se pare d’une virtualité le rendant abordable, voire généreux.

Aucune religion n’a jamais changé la vie, mais elle change nos habitudes, nos façons de nous exprimer, notre façon de croire et de voir, bref notre façon de vivre. La messe est lancée, les fidèles sont assemblés, on distribue les hosties à tout le monde histoire de les faire patienter. Chacun a accès à une information digérée, la même pour tous, il suffit d’y croire et de s’y croire pour se lancer dans des commentaires sans fin sur une actualité qui n’en est pas une. Car dans ce monde ouvert, les sources d’information se sont fermées. Le journaliste utilise l’info comme gagne-pain, l’amateur du Net pour jouer. Le monde n’a jamais été aussi fermé parce que, désormais, il doit protéger ses intérêts financiers. Le paradis pour tous, tout de suite, est un bazar de pacotilles.

La masse des croyants s’assemble dans l’église informatisée. L’espoir est au bout des petits doigts pianotant sur les claviers, l’extase est à portée d’écran. Les fourmis travaillent, elles se perdent dans une totalité qui leur échappe complètement. On a toujours su que dieu est une illusion, cette fois, c’est l’illusion qu’on transforme en dieu. Les anges gardiens protègent la machine, les pertes en chemin ne sont que de mauvais croyants.

Il faut faire bref, aller à l’essentiel, plus personne n’a le temps de lire ce torrent de paroles qui se déversent à toute heure du jour et de la nuit en un flot ininterrompu. Confortablement installé chez soi ou au bureau, on n’a plus le temps de rien. Requiem littéraire. Gloire au message morse des mots qu’on n’a guère le temps de relier entre eux. Qu’importe, dieu reconnaît les siens. On se reconnaît nous autres à se demander ce qu’il restera de ce catéchisme de la réussite. Voilà, quand on évoque dieu, l’homme n’est jamais loin. Ite missa est.

Céline Jyoti


6 commentaires

Céline Jyoti · 4 juillet 2011 à 11 h 40 min

je viens de lire votre article qui m’a beaucoup intéressée et auquel je viens de laisser un commentaire que j’espère pour pourrez voir car il a disparu quand j’ai validé ? effectivement, j’ai noté une approche assez semblable en faisant du végétal et de la nature en général plus que ce à quoi la culture occidentale les cantonne arbitrairement

jean-luc Mercier · 4 juillet 2011 à 8 h 33 min

Cet article me fascine et m’intéresse d’autant plus que mes interrogations empruntent souvent les mêmes chemins sans partir spécialement du même point de départ. Alors que cet article s’écrivait le 03 juillet pour être publié le 04, ce 03 juillet j’ai écrit un plaidoyer sous forme de questionnement et de constats pour le respect de la vie « Du respect de la vie végétale au plaidoyer pour la vie en général » J’aime ces moments de rapprochement.
http://www.suite101.fr/content/du-respect-de-la-vie-vegetale-au-plaidoyer-pour-la-vie-en-general-a29620

Internet a donné aux opinions un souffle qu'aucune concierge du monde n'aurait jamais osé rêver | MoreThan Words · 17 octobre 2011 à 4 h 59 min

[…] Je vous recommande du même auteur l’article : Internet, Un Nouveau Dieu  […]

L'un des rôles du Community Manager est de donner sa chance | MoreThan Words · 11 juillet 2011 à 5 h 10 min

[…] La semaine dernière, c’était au tour de Céline Jyoti et son article CULTE sur internet et la religion d’avoir sa chance : INTERNET : Un Nouveau Dieu […]

SONDAGE : Lisez-vous la presse et sur quel support ? | MoreThan Words · 11 juillet 2011 à 4 h 59 min

[…] INTERNET : Un Nouveau Dieu […]

La sauce est bien blog ! | Blog 1elan2com · 6 juillet 2011 à 17 h 20 min

[…] INTERNET : Un Nouveau Dieu de Céline Jyoti – […]

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