Chris Simon, tell me something I don’t already know

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J’ai rencontré Chris Simon sur les réseaux sociaux et notamment grâce au groupe #jeblogue sur Facebook. Un jour, à ma grande surprise, elle me demande si je voulais bien répondre à ses questions sur le Storytelling. Un an plus tard, elle est la première à avoir répondu à cette interview dont le titre est emprunté à une chanson du groupe Extreme « Tell me something I don’t know ». Pour mémoire, ce blog emprunte son titre à une autre chanson du même groupe. Petit détail, le texte a été écrit par Gary Cherone qui est originaire de Boston, pas très loin de la ville de naissance de Chris, New York (350 km). Je suis donc ravi qu’elle inaugure cette série de rencontres.

So please Chris, tell me something I don’t already know.

Cette interview se base sur les principes du blog, des réseaux sociaux et du storytelling. On part de sa propre histoire pour découvrir l’inconnu et apporter quelque chose de nouveau aux lecteurs.

Il y a 5 questions communes et une question personnalisée.

1- Dis-moi quelque chose de ton enfance

chris-simonJ’ai été malade, une tuberculose. Très 19e siècle. Je suis restée longtemps dans un sanatorium, j’avais 5 ans, ça n’a pas changé ma vie, mais ça a changé mon regard sur le monde.  J’ai vécu dans un microcosme et vu le monde de ce microcosme. L’un des quelques souvenirs qu’il me reste aujourd’hui, est mon jour d’arrivée. On m’a fait visiter tous les bâtiments et je ne me souviens que d’une grande maison. On m’y a fait entrer, c’était une immense salle de jeux. Des enfants jouaient par terre. Je les ai regardés avec un certain dégoût, je crois. Je ne voulais pas être comme eux,  je l’étais et je ne l’étais pas. Nous avions un point commun, la maladie, réunis malgré nous, obligés de jouer ensemble, de vivre sans nos parents. Quelque part, la vie s’était arrêtée, la vie d’avant. Je devais être courageuse, accepter, mais ce n’est pas du tout ce qui s’est passé, j’ai été très indisciplinée et souvent punie. Les punitions m’ouvraient un champ de solitude que je n’avais jamais connu. Je pense que l’écriture est née à ce moment-là,  dans ce champ, alors que je n’avais pas encore appris à écrire, c’est curieux, non ? L’espace de l’écriture s’est creusé en moi sans la calligraphie grâce à un retrait forcé du monde.

2- Dis-moi quelque chose que tu vois en ce moment autour de toi

L’exode, l’exil, la marée des réfugiés, les gens qui fuient, des gens qui cherchent une vie meilleure. J’écoute autour de moi ce qui se dit sur cet exode. Le désespoir, c’est la condition humaine, après ce que l’on en fait, c’est la vie. Tu peux te jeter par la fenêtre du 50e étage pour échapper à un incendie, tu peux ne pas rentrer chez toi à 14 ans pour une simple bêtise que tu as faite et pour laquelle tu ne veux pas être grondée, toujours tu fuiras la mort, c’est ça être vivant. Peu importe que les Européens pensent qu’ils n’ont pas les structures, la place, du travail pour accueillir les réfugiés, du point de vue des réfugiés ça sera toujours mieux, l’espoir qu’une vie est encore possible…

3- Dis-moi quelque chose d’une personne que tu admires

La clairvoyance, être capable de dire non. Non, on ne peut pas faire semblant. Savoir dire non, ne pas accepter ce qu’on nous impose, avoir le courage de parler, dire ce qui n’est pas acceptable et agir pour changer cet état de chose, ne pas accepter ce qui est inacceptable. La vigilance. Ce sont deux disciplines difficiles à maîtriser : la clairvoyance et la vigilance.

4- Dis-moi quelque chose que tu n’as jamais dit sur les réseaux sociaux

Il y a beaucoup de choses que je ne dis par sur les réseaux sociaux ! Le dialogue est difficile, les gens ont des idées très arrêtées sur les choses et les autres. Une fois, j’ai questionné un auteur sur Facebook, il abordait quelque chose de tabou : l’antisémitisme dans le langage quotidien, l’antisémitisme ordinaire, j’ai dialogué avec lui, d’autres se sont contentés de le condamner, alors qu’il cherchait à comprendre, certains l’ont même «defriended». Il y a souvent peu de dialogue, c’est regrettable. C’est rare, mais quand cela arrive, il y a un vrai échange  et on peut enfin écouter et comprendre ce que dit l’autre au lieu de se faire une idée préconçue de ce qu’il va dire ou a dit. Au final cela nous a rapproché tandis que d’autres ce sont éloignés définitivement. Ça n’a pas de sens de se battre pour des idées. Il faut se battre pour des êtres. Alors c’est pour ça, il y a beaucoup de choses que je n’aborde pas, je n’ai pas envie d’être comprise de travers et aussi, je considère que mes idées sur tel évènement ou telle chose ne sont pas forcement indispensables au point de les imposer ou de vouloir les afficher sur les murs des réseaux sociaux. Alors oui, je n’ai jamais dit que je trouvais les opinions ennuyeuses et contreproductives. Aux opinions, je préfère l’échange et les faits.

5- Dis-moi quelque chose du futur

C’est ce que je n’ai pas fait aujourd’hui, ce que tu n’as pas fait aujourd’hui non plus. 😉 et en même temps ce sont les conséquences de ce que nous faisons maintenant ! Le futur à priori c’est plutôt créateur d’angoisses, non ? J’ai passé mon enfance et une bonne partie de mon adolescence à me projeter dans le futur. Aujourd’hui, je ne me projette plus, je sais que je vais mourir.

Question personnalisée : Chris Simon, dis-moi quelque chose d’une boîte à mouchoirs

C’est l’anxiété, la peur qu’il n’y ait pas ou plus ce dont j’ai besoin quand j’en ai besoin. Ce n’est pas la peur du manque, c’est une certaine réalité. Ça ne change rien, le mouchoir essuie les larmes, mais ne les supprime pas, c’est pratique, mais n’a aucune action sur un être. Tu as remarqué ? On n’a jamais de mouchoirs quand on en a besoin, que ce soit pour un rhume ou une grippe, une rupture ou un licenciement… l’émotion surgit là où on ne l’attend pas.
La boîte de mouchoirs suppose que l’on a prévu les larmes, le malheur, la catastrophe, le moment où on allait craquer, le moment où l’émotion allait prendre le dessus sur tout. La boîte de mouchoirs c’est  le convénient, le monde parfait, le monde matérialiste qui te promet une solution pour tout.

Merci Chris, je me permets d’ajouter que la boîte de mouchoirs ou plus précisément « Lacan et la boîte de mouchoirs », c’est aussi une histoire en plusieurs épisodes que tu as publiée. Et vous pouvez commander la saison 1 dédicacée par l’auteur en cliquant sur ce lien.

La dernière question est pour les lecteurs : d’après vous, Chris Simon vous a-t-elle dit quelque chose que vous ne saviez pas encore ?

15 réflexions au sujet de « Chris Simon, tell me something I don’t already know »

  1. Belle interview! Juste suffisamment sombre pour poser quelques murs, la parole juste suffisamment tenue pour donner du relief et de l’appétit..

  2. Je ne la connaissais pas mais cette interview, – même si je n’ai pas compris le lien entre la question 3 et sa réponse mais peu importe -, m’a donné envie de la découvrir.

    J’ai vécu aussi ce moment où l’écriture s’invite sur les grandes pages de solitude et rempli des cahiers aujourd’hui disparus. Et je vois chez ma petite fille le même phénomène s’installer.

    Excellente idée que cette interview en 5 questions. Avec des personnes d’une telle qualité, c’est un champ de libre pensée qui est ouvert.

    1. Bonjour Marc, tu corresponds parfaitement au profil des personnes que j’aimerais interviewer. Alors si le coeur t’en dit, envois-moi un message.
      La question 3 peut être lue de deux façons. La première en citant une personne que l’on admire, la seconde en disant quelque chose de personnes que l’on admire, de façon générale. C’est ainsi que Chris a répondu.

  3. Oui, j’ai appris un (tout petit) bout de son enfance et j’imagine le moment où l’espace de l’écriture a fait son chemin. J’ai appris sa vision, ses nuances sur certains sujets. Tout cela complète ce que je connais déjà d’elle et me fait l’apprécier plus.

    1. Merci Florence, c’est exactement ce genre de commentaire que j’espérais en lançant le concept de cette interview. Si tu en as envie, je t’invite à y participer.

    1. Chris a vraiment joué le jeu et ce n’est pas si évident de se livrer de cette façon. Abdelhamid, bien sûr, quand tu le sens je t’invite à participer à cette interview. J’ai déjà ta question personnalisée 😉 et il ne sera pas facile d’y répondre !

    1. Géographiquement parlant, 350 km à l’échelle des Etats-Unis, ce n’est pas très loin. C’est bien sûr un clin d’oeil qui m’a permis de lancer cette interview avec Chris.

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