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Qui veut écrire avec moi ?

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La réponse de Philippe de Casabianca à l’article de Cécile Courtais : « Egalité, balle au centre… »

L’explosion de l’accès à l’internet a donné l’impression que tout le monde pouvait devenir journaliste. Les titulaires des cartes de presse ont hurlé… et hurlent encore. Chez les communicants, finalement des cousins germains des journalistes, on a eu le même son de cloche face à ceux qui estimaient que la communication était le parent pauvre de la science, mais le digne écho de l’artiste, un autre charlot au fond.

  

Journaliste un jour, journaliste toujours m’a dit un collègue… Si on touche à ce destin du plumitif quant bien même il aurait troqué son stylo contre un micro ou une caméra, on n’échapperait donc plus à cette vocation : mettre en scène la vérité pour ses lecteurs, pour son public, le tout au nom de l’intérêt public. On changerait de travail, la greffe du journalisme serait indélébile, non comme une flétrissure mais comme un saut génétique inexpugnable.

 

Mon propos n’est pas de vérifier cette affirmation. Il est de s’interroger sur ce mur que certains chantres du journalisme et de la communication aiment à dresser entre les deux professions. Cette réflexion a fait jour en moi quand on m’a prié de me mettre en garde contre les dérives du commentaire face au sacro saint factuel. Le commentaire serait à proscrire, car subjectif et partial. Le factuel serait à vénérer car tout droit descendu de la cuisse de Jupiter transformé en dieu tutélaire de l’information. En bref, le fait, c’est vrai.

 

Je n’ai jamais complètement souscrit à cette division hermétique entre factuel et commentaire. Un article composé d’un pur factuel n’est pas pour moi forgé des ingrédients du journalisme. Un reporter, en effet, est rarement l’émetteur direct de l’information : il la recueille…des mains d’un autre. Se cantonner au factuel pur, ce n’est plus faire œuvre de journalisme, mais se limiter à une fonction de porte parole. Et encore… Un journaliste a un autre rôle que de faire le trottoir à tendre son micro aux bruissements de la vie publique.

Le journaliste est un artiste

A l’opposé, on ne demande pas plus au journaliste de brandir son point de vue comme élément d’information. On lui demande de passer le factuel au crible de capacités de commentaire, les siennes comme celles des personnes compétentes, afin d’éclairer cette information, afin de voir en quoi elle est neuve, utile et sert la vérité. La personnalisation des journalistes via les blogs dits de presse, via le vedettariat (cf par exemple Audrey Pulvar et sa sortie contre le journal Elle) participe à ce gonflement indu du nombril du commentaire. Cela n’est pas une fatalité que de confondre polémisme et journalisme. En réalité, factuel et commentaire sont membres d’une même fratrie, pourvu que lecteur puisse faire la différence.

 

Je concède que cet exercice d’équilibre n’est pas toujours évident. A cela une bonne raison : le journaliste est un artiste. Mais oui, il est créatif et doit être créatif, encore et encore. Pourquoi ? Parce qu’il doit attirer le regard et les neurones de son public. Parce que ses articles et ses sujets ne seront jamais autant lus qu’un avis de faire part de décès ou de mariage. Parce que la concurrence neuronale est féroce.

 

Pour être pédagogue et écouté, le journaliste doit donc être créatif. Sinon, il faillit à sa mission. Sinon, il ouvre la voie à tous les manipulateurs et autres communicants.

 

Mais alors, journalistes et communicants, ce sont des frères ennemis ? Pas forcément. Le fossé peut être ici creusé par les communicants qui veulent se distinguer du côté artiste des journalistes ou du côté soutier de l’information, genre intégristes du factuel. Le communicant a sa cible qu’il vise en peaufinant son message. Point.

C’est le journaliste qui tient la plume ou le micro

J’ai dit dans mon précédent article sur More Than Words ce que je pensais de cette stratégie de communication à court terme. Elle équivaut pour moi à partir à la chasse à l’éléphant avec une balle dans son fusil. En cas d’échec sur ce fameux public ciblé par des entreprises de saucissonnages scientifiques, on est mort parce qu’on pas pensé à viser le public qui est connecté à notre public principal. Et si on rate l’éléphant avec la première et unique balle, autant écrire à l’avance son épitaphe. La communication qui fonctionne doit toucher la seconde ligne de front.

 

Revenons à notre fossé qui séparerait journalistes des communicants. Ces derniers ont autant de raisons de se montrer artistes pour séduire leur public que les journalistes doivent en avoir pour convaincre de la pertinence de leurs informations. Certes, la séduction serait plus œuvre de communicant car elle joue plus sur la sensibilité. Mais ce n’est pas un absolu. Je connais des communicants qui mettent un point d’honneur être froid et ennuyeux, à être selon eux, corporate. D’un autre côté, le journaliste n’utilisera pas des dépliants pour passer ses informations. Cela constitue-il pour autant un fossé ?

 

Si différence il y a, je crois que de nombreux ponts permettent de relier ces deux professions. Le communicant souffre parfois du fait qu’il travaille pour le compte d’un donneur d’ordre. Son propos n’est donc pas le bien public. Pour autant, il ne lui est pas nécessairement opposé. Sinon, le communicant se double d’un manipulateur et cela donne du grain à moudre à ceux qui voient dans les lobbyistes et autres communicants des suppôts de la propagande. Le communicant se doit donc de rester dans les clous de la vérité pour ne pas verser dans le sillage de sa tombe. En cela, il se rapproche du journaliste.

Le gazouilli de Twitter

Il me semble que les deux professions ont tout intérêt à mieux se connaître parce que l’une a besoin de l’autre et réciproquement. J’ai entendu dire un jour qu’il ne fallait plus considérer les journalistes comme un rouage de transmission mais comme un public à part entière. Quel scoop! Quand on a dit ça, on n’est pas allé bien loin…

 

Et rien n’est plus irritant d’entendre un communicant dire à ses troupes qu’il a besoin d’histoires bien écrites à faire avaler à ses journalistes. Rappelons le, c’est encore le journaliste qui tient la plume, le micro ou la caméra. Si l’histoire est toute écrite, à quoi sert-il ? Cela n’empêche pas le communicant de présenter aux journalistes un menu où les différents ingrédients permettront de proposer un repas intéressant…signé du journaliste.

 

Alors bien sûr, cela implique que les journalistes se lèvent de leurs bureaux, éteignent leur ordinateur et vérifient. Cela implique qu’ils cessent de considérer le gazouilli de twitter comme gage de leur crédibilité. Si les communicants sont fabricants d’image, les journalistes ne sont pas pour autant paparazzi.

Philippe de Casabianca

A lire l’article de Cécile Courtais sur le même thème qui a ouvert le débat avec Philippe de Casabianca : « Egalité, balle au centre… »

Avec le lancement de la campagne électorale en France, on voit ressurgir l’inévitable vocabulaire guerriers et les matamors qui montent au créneau, drapés dans leur verbe éphémère. Pourtant, ce sont rarement des charges pour enfoncer les lignes ennemies et en arracher le drapeau, non, ce sont bien souvent des gesticulations devant la ligne de front. Faudrait-il donc vraiment avoir peur de la seconde ligne de front, celle qui est décisive ?

  

Même en politique, l’indifférence tue. Du coup, les matamors de la communication politique jouent en ce moment leur  va-tout, qui Rachida Dati prête à se faire exclure de l’UMP à Paris, qui Arnaud Montebourg prêt à ne pas respecter l’accord de son propre parti avec les écologistes. Qu’importe, en brandissant le chiffon rouge, certes souvent puéril, on aura existé ! Qu’importe si le sang coule sur le sable chaud après le passage d’un taureau, on aura gagné une larme au risque en fait d’en rester sans voix.

 

Le spectacle est partout

 

Pourquoi donc la communication politique surfe-t-elle sur la recherche d’une image ? C’est d’abord affaire d’émotions. Et c’est sans doute indispensable pour transcender les clivages partisans ou sociologiques. La perplexité n’est donc pas là. Elle provient de l’observation de recherches d’images à très court terme qui se fanent même dans le court laps de temps d’une présidentielle où on voit les matamors s’affronter dans l’arène ou dans les gradins. Le spectacle est en effet partout ; il n’est donc nulle part.

Cette recherche de gains en terme d’image à court terme est un coup d’épée dans l’eau si elle n’est pas soutenue par une stratégie de véritable conquête de l’adversaire et de ses ressources. A force de ressasser les mêmes idées et parce que le stock n’est pas extensible à l’infini, il arrive que cela se produise : la thématique de l’écoute des exclus, des sans grade rassemble candidates de droite et de gauche, à leurs corps défendant. Mais c’est peu structurant : PS et UMP, maintenant bien gênés, ont voté un texte interdisant le camping à l’année…

On le voit donc, quand dans cet exemple de la préoccupation des exclus, des sans voix, gauche et droite chantent à l’unisson, c’est plus par manque d’hameçon accrocheur personnel que par stratégie de pilonnage du camp adverse. Pour gagner, c’est essentiel, il faut prendre pied chez l’adversaire et donc ne pas se limiter à faire des grimaces à la première ligne de nos adversaires ou à s’offusquer de leurs propres grimaces (cf l’UMP choquée de Hollande traitant en privé Sarkozy de pauvre mec).

Gagner la seconde ligne de front, c’est donc aller plus loin. Cela n’interdit pas de concevoir un projectile, un produit de communication qui frappe la première ligne, mais il faut que cela parle aussi à la seconde ligne comme un message forgé pour les militants doit parler à leurs familles, comme une attaque contre un adversaire doit aussi cibler son idée, l’origine de ses arguments.

 

Et le respect des électeurs ?

 

Alors bien sûr cela implique de considérer ses différentes cibles avec autrement plus de respect. Ce n’est pas parce qu’on veut mettre à terre un adversaire qu’il faut le sous estimer ou le dénigrer. Ce n’est pas parce qu’on a une formidable machine de communication qu’il faut considérer l’électeur de base comme juste bon à consommer du pain et des jeux. C’est donc toute une recoloration, une refonte des images de communication que l’on veut utiliser. C’est aussi un appel à un marketing autre que celui qui se borne à découper la population en tranches de saucisson fourré aux catégories socio-professionnelles. C’est un appel à une subtilité qui sache concevoir une communication paramétrée pour un premier public (la ligne de front) et capable d’être transmise à la seconde ligne de front parce que l’une et l’autre, peut être à des degrés divers, sont concernées.

Mais au fond, en disant cela, a-t-on vraiment inventé quelque chose ? Pas vraiment. C’est exactement l’azimut suivi par les Astérix de qualité où un album peut intéresser les lecteurs en culottes courtes et leurs ainés aux dents longues. Les uns et les autres seront touchés par un même produit, mais pas forcément pour les mêmes raisons. Qu’importe, car le camp adverse sera pilonné et emporté pour la plus grande gloire de nos légions !

C’est sans doute pour ce genre de raisons qu’il convient de se méfier d’un étiquetage un brin abusif des catégories de communication. Certes, on ne parle pas de la même manière à un sénateur qu’à un cheminot, quels que soient les trains qu’ils peuvent partager. Pour autant, si on offre une communication pour experts only, on court le risque de les voir garder pour eux la communication en question puisqu’ils seront les seuls à comprendre.Or, qu’elle prenne l’arme du baiser ou de l’épée, la communication doit bouger et faire bouger.

 

Il est donc essentiel, même dans le cas d’une communication très ciblée, d’inclure des éléments que la première ligne de front puisse faire passer à la seconde ligne de front. Sinon, la communication, du coma à l’hystérie restera dans son état second. Et c’est là, qu’au-delà des experts, la politique réinvestit un camp de bataille d’idées et de personnes: celui de la décision assumée.

Philippe de Casabianca 

Rien n’exprime mieux l’expression des voeux que le titre même de ce blog : MORE THAN WORDS ! Autrement dit, il n’y a rien de plus futile, inutile et hypocrite qu’un voeu s’il n’a pas à l’esprit ces mots : MORE THAN WORDS !

Il n’y a donc pas de meilleur lieu dans la blogosphère pour vous souhaiter une merveilleuse année 2012. J’ai demandé aux auteurs de More Than Words, d’exprimer à la façon de More Than Words, à leur façon et librement leurs voeux pour cette nouvelle année.

Pour ma part, 2012 sera une année pas comme les autres. Mais là, on est à la frontière de la vie publique et de la vie intime. Il y a des choses que l’on veut garder pour soi pour les vivre pleinement. Croyez moi, cette année 2012 sera pour moi au propre comme au figuré, MERVEILLEUSE. Je laisse votre imagination vagabonder.

Mon voeu est unique, gardez toujours à l’esprit ces 3 mots : More Than Words. C’est mon petit moyen à moi et personnel pour essayer de mettre du sens et de la sincérité dans mes actes.

Denis Gentile

NDLR : article à lire en écoutant Afternoons in Utopia d’Alphaville : http://open.spotify.com/track/06SbTaT89WHYziyRirN5Fh 

En 2012, faut qu’ça bouge !

Comme chaque année, j’ai envoyé ma lettre au Père Noël où je lui dresse la liste des cadeaux que je voudrais bien avoir : un nouvel ordinateur portable, Mac Book Pro de préférence, un stylo, pourquoi pas un Mont Blanc après tout ? C’est Noël, on peut rêver ! Et j’adore écrire sur papier, donc autant le faire avec un bel outil. Des chemises cartonnées de toutes les couleurs pour ranger mes dossiers et égayer mon bureau… Plus que quelques jours à attendre !

Pour patienter, autant me concentrer sur les voeux pour la nouvelle année !

Ecrire :

Encore et toujours, sur tous les sujets, tous les supports.  Ecrire pour communiquer, vous faire passer un message à vous lecteurs, vous faire réagir ou sourire, établir le contact. Trouver de nouvelles idées sans cesse pour créer la surprise. Ecrire pour vous !

Innover :

Pour avoir une approche différente. Pour continuer et développer ce que nous avons commencé sur More Than Words : une autre utilisation du web, une nouvelle façon de s’exprimer, une vision plus positive. Innover pour vous faire changer de regard !

Changer :

Tout ce qui ne va pas en ce monde, prétentieux ? Je répondrai ambitieux ! Et comme le dit le vieil adage « Quand on veut, on peut ». Imaginez un peu : vous lisez les nouvelles en 2012 et vous ne découvrez que des articles sur la paix dans les zones de conflits, pour ne citer qu’un exemple… Tout changer pour construire un meilleur lendemain pour nous tous…

Je vous souhaite à tous un très joyeux Noël et d’excellentes fêtes de fin d’année, tous mes voeux de bonheur et de santé pour la nouvelle année et rendez-vous en 2012 pour de nouveaux articles.

Cécile Courtais – C’est au Carré

Et hop, un nouveau train de vie est parti !

Amis utopistes, réjouissez vous, nous avons tous ensemble la parole. A quelques encâblures de l’année 2012, c’est l’heure de sortir du bois et de faire montre de toutes vos utopies pour plus de vie. L’heure ou jamais. Utopies, vous avez dit utopies… Attention au départ: bienvenue à bord d’un train de vie autre.

Utopies, utopies, vous avez dit utopies… Mais qui a une gueule d’utopie par ici?

Que les grosses utopies lèvent le doigt et surtout qu’elles se dépêchent de prendre part au bal des voeux, ce Moloch Baal des frustrations d’un quotidien encore trop lourd avant un avenir forcément meilleur: il n’y aura pas de place pour tous. Peut-être un fauteuil pour deux et encore….

Mais en ces temps de crise, difficile de rêver à un avenir meilleur tant l’horizon peut sembler pesant. Ah, je sais bien que c’est quand il fait noir qu’on rêve du soleil, mais à force d’obscurité persistante qui se souvient encore de la lumière? N’est pas Soulage qui veut… Et d’ailleurs combien de lumen a-t-il vraimet fait passer avec ses vitraux obscurcis?

C’est maintenant qu’il faut faire des voeux. Au-delà de l’exercice de style imposé, suranné même, et bourré de stéréotypes, profitons du passage vers 2012 pour espérer et donner vie à nos utopies. Mais oui, les utopies, vous savez ces exercices de style rêvant d’un avenir politique sublimé. On se la joue impossible, alors on force le trait et pourtant si c’était vrai? On fait semblant de ne pas y croire et pourtant si ce n’était pas faux?

Mon utopie sera donc de dresser haut et fort l’étendard de la vie et de sa défense comme autant de voeux pour 2012. Parce qu’il s’agit d’une utopie (mais en est on bien sûr?), je me permets ici de tirer tous azimuts et surtout sur les grincheux de tous poils et de toutes névroses. Pourquoi ici s’épargner, pourquoi épargner, pourquoi ne pas se lâcher ? Mais pour cela nul besoin de déterrer les cadavres de Greystoke, Rousseau ou autre disciple naturiste. Non, peut-être sommes nous des formes d’animaux, mais des bêtes, non, certainement pas.

Notre vie est autre

Notre vie est autre. Et c’est pour cela qu’il faut la porter haute et forte. Elle est foi. Foi en l’avenir et ne s’embarrasse pas des discours malthusiens qui répètent à l’envi en 2011 un discours embaumé dans la naphtaline d’il y a 200 ans. La Terre n’est pas parfaite et pourtant elle tourne, même si on n’a pas découvert sous les pavés la plage, quoi qu’en pensent certains édiles français en mal de plages démontable et lyophilisées. Non, notre vie est autre.

Car elle se croque à pleine dents. Et c’est ce genre de pommes que j’appelle à tomber drues en 2012 pour réveiller tous les paumés et autres Eves tellement frustrées qu’elles en sont devenues morbides. Car même si la vie se croque à pleines dents, il faut pour cela de bons rateliers, soit de bonnes bases humaines et spirituelles pour ne pas rester à l’Ouest, Eden ou pas.

Notre vie est autre. Encore et encore. Elle arrive à gentiment se moquer de ceux qui ont une poussée d’acnée quand ils entendent défense de la vie. Après tout, les pharmaciens doivent bien vivre, non ? Son affection la laisse cependant un peu médusée quand elle, le flux vital, essentiel, s’entend taxer d’idéologie. Vous respirez, donc vous êtes idéologue? Ah oui, il faut faire vivre aussi les psy, chiatres ou chopathes, je ne sais plus si la différence a gardé toute sa pertinence.

Mais dans ces conditions me direz vous, pourquoi la défense de la vie serait elle utopie puisqu’elle participe de l’évidence ? Je vous concède un bon point, vous me suivez encore un peu.

Pourquoi donc cette défence de la vie ? Sans doute parce que l’homme n’aime pas toujours les évidences qui s’imposent à lui. Cela peut être un réflexe d’hygiène intellectuelle salutaire mais cela devient une impasse quand c’est un prétexte pour défendre son seul nombril ou le patrimoine de l’auto justification du nourrisson à quatre pattes qui dit non. Bien des années après, certains ont quitté les quatre pattes mais pas le culte du nombril.

Pourquoi donc défendre la vie même si certains la voient comme utopie ? Au-delà du refus orgueilleux de certains hommes, il est tout de même troublant de voir prospérer une certaine culture de mort dans notre société.

Comment voir autrement le culte du ventre platissime au risque de la mort des mannequins et autres groupies qui s’en font les adeptes? Comment ne pas voire dans le culte de Matrix une fascination pour la mort de l’humain ? Comment aussi ne pas voir dans le culte de l’instant (aujourd’hui on dirait le culte du clic) l’angoisse de personnes pressées de consommer pour elles, toujours ça que les Alle…, non, que les Autres n’auront pas ? Comment enfin ne pas voir dans la nouvelle prospérité médicale de certains membres des nouveaux quatrième âges la possibilité de repli sur soi, coupant parfois, mais pas toujours certes, le lien avec les nouvelles générations?

Parions donc qu’en 2012, un nouveau train de vie s’arrêtera à notre quai et que nous monterons à bord ensemble. Une utopie peut être maintenant, mais une utopie ô combien salutaire pour tordre le cou à la crise et à ses effets secondaires non pris en charge par la sécurité sociale. 

Et la foi en la vie, n’est-ce pas foi en soi, foi en nous, en notre avenir, sans maille à partir avec ceux qui ont toujours les pieds dans la tombe.

Relevons nous.

Philippe de Casabianca

Back to democracy

Crises politiques, crises économiques, crises sociales, crises écologiques… Jamais humanité n’a cumulé tant de crises en ce dernier siècle! Terreau de spéculations diverses et variées, comme en ces temps-ci où certains y voient des signes annonciateurs de la fin des temps, d’après le calendrier Maya ou d’autres sectes millénaristes. Pour d’autres, et en tout état de cause, ces phénomènes ne préfigurent en rien un processus tendant à précipiter l’humanité dans l’abîme ; ils doivent être l’occasion d’une réflexion sur la marche de notre planète, sur un changement de civilisation.

Pour l’heure, à cor et à cri, protestant ou montant au créneau, partout dans le monde des peuples se mobilisent, ici pour la liberté, la justice sociale ; là, pour les droits humains ou l’application d’une démocratie pleine et entière.

  • Cry in the north : En Europe, une génération de jeunes gens, « les indignés », sont entrés en résistance en Espagne, en Grèce, en Italie, en France, en Angleterre, poussés par la même volonté de dénoncer leurs systèmes de gouvernement mis en coupe réglée par les marchés financiers, les corruptions qui entachent leurs démocraties. En Russie, ils sont entrés en rébellion, estimant que les dernières élections législatives ne se sont pas déroulées dans des conditions démocratiques libres et régulières.
  • Cry in the south : Maintes revendications auprès des pouvoirs dirigeants pour améliorer les conditions de vie des populations sont restées sans lendemain. La colère couve dans nombre de pays subsahariens, une colère rentrée, exacerbée par des années de frustration. Les chefs d’Etats africains et bien d’autres dirigeants du Proche orient devraient tirer les leçons des soulèvements populaires dans le Maghreb pour bâtir une bonne gouvernance et lutter contre la corruption, le népotisme, et instaurer une démocratie fondée sur la transparence, le respect des suffrages populaires, des droits humains, de l’Etat de droit et de la constitution. Autrement dit, maintenir le statu quo est source d’amplifications des phénomènes des révolutions des peuples ou de changements anticonstitutionnels des gouvernements en Afrique subsaharienne.
  • Cry in the east : Après plusieurs années d’assignation à résidence, Ang San Suu Kyi la chef de file de l’opposition LND (Ligue Nationale Démocratique) est reconnue aujourd’hui par la junte au pouvoir. C’est une victoire de la démocratie birmane et une reconnaissance pour son combat.

En Chine, l’artiste Ai WeiWei, un contestataire, est accusé par les autorités d’offenser le public en posant nu. Aussitôt, des internautes chinois par centaines se dénudent pour le soutenir. Usant de sa célébrité pour contourner les règles établies, cet artiste revendique sa liberté de penser, critique le régime chinois et soutient son compatriote le dissident emprisonné, Liu Xiaobo.

  • Cry in the west : De new York à San Francisco en passant par le Wisconsin, les « Protests » ont réussi à converger les ressentiments des classes moyennes et populaires américaines contre les gouverneurs qu’ils accusent de les soumettre à payer plus d’impôts, de démanteler les droits de travail, alors que les plus riches sont favorisés. Et tous de critiquer, dans un concert d’unanimité, le mauvais côté du capitalisme en fustigeant le capitalisme financier symbolisé par Wall Street qu’ils dénoncent ; c’est ainsi que s’est créé spontanément le « Occupy Wall Street Movement »

Les circonstances présentes dans le monde nous interpellent, et l’on peut retenir à ce propos
cette formule de Martin Luther King :  »Je refuse de croire que les circonstances actuelles rendent
les hommes incapables de faire un monde meilleur. »

Nous espérons un horizon clément pour l’année à venir. A tous joyeux Noël et que 2012 porte plus de félicité.

Jean-Charles YAMBELE - www.1to1formation.com

Du papier et des mots

3 voeux : Mon premier Du papier pour écrire ; mon deuxième Des mots à dire ; mon troisième Des signes à (re)lire.

Florence Augustine – Au bonheur des mots

Je vous souhaite d’être connu !

L’année 2012 est déjà à nos portes et c’est l’heure de fixer des objectifs. Blog, entreprise ou artisan, c’est un nouveau départ, une nouvelle année d’exercice et il faut que celle-ci soit encore meilleure que l’année 2011. Marquée par la crise, dans un contexte difficile, l’année 2012 pourrait néanmoins être la vôtre et :

1 : Je vous souhaite d’être préparé.

Recontactez votre réseau, vos prospects de l’année dernière. Le nouvel an est une parfaite excuse pour reprendre contact. Prévoyez un plan de communication pour acquérir de nouveaux clients et de nouveaux partenaires. Une bonne communication est échelonnée dans le temps avec une réelle stratégie.

2 : Je vous souhaite d’être visible.

Afin d’optimiser votre présence sur internet, il faut multiplier les plateformes sur lesquelles vous communiquez. Que ce soit les moteurs de recherche ou les réseaux sociaux, donnez vous les moyens d’être vus par les gens qui vous cherchent.

3 : Je vous souhaite d’être connu.

Pour 2012, travaillez votre image. Ecrivez des articles, parlez de votre activité, augmentez votre capital sympathie auprès de vos clients et prospects. Monter que vous connaissez votre travail et que vous l’aimez sera très bénéfique à votre entreprise.

Bonne fêtes,

Benjamin Petit - Strastegic.fr

Y’a d’la joie !

Alors que l’année se termine, que nous réserve celle qui s’annonce ?

Comment va évoluer notre société, celle de demain ?

Sera-t-elle entachée d’évènements extraordinaires, forts en émotion, ou tout simplement déchirants par l’amour qu’ils nous apportent.

Tant d’interrogations nourrissent les espoirs que chacun désire.

Mes voeux les plus chers auxquels je pense sont ceux d’une vie joyeuse que je souhaite à toutes et à tous.

Une vie où les joies terrestres ne seront jamais étrangères au quotidien.

Une vie permettant de réaliser l’irréalisable avec la sagesse du philosophe.

Une vie où le temps passé à méditer sur le sens de sa personnalité permettra d’explorer des domaines encore inconnus.

Une exploration continuelle d’horizons nouveaux ouvrant la porte à l’accomplissement de désirs inusités.

La satisfaction de profiter d’une journée où il ne se passe rien.

Tirer parti d’un moment ultime de liberté.

Savourer un moment de pause.

Assouvir son ambition.
Profiter exclusivement de l’instant éphémère.

Aimer, donner, atteindre l’extase ou jouir indiciblement d’une fleur, d’un lieu, d’un oiseau, d’un soufflement du vent, d’un soupir, d’un baiser, d’un regard, d’une larme.

Pour cette année 2012, je souhaite à chacun de vivre le moment présent intensément avec une absolue inconscience.

 Francis Gébère – Le Démon de Solange

Flocons de neige

En apercevant ces nuées de neige soudaine qui s’abattent sur Bruxelles comme une grande cape de magicien, je repense à ce détail, ce sentiment très étrange mais très doux, que j’avais ressenti il y a de cela quelques années, lorsque j’habitais seule dans la petite maison aux briques rouges. Il y avait là un jardin, minuscule, encadré de part et d’autre par des grands murs. Le premier soir de neige, une nuit comme celle-ci, j’avais fais le tour de la pelouse nappée de glace. J’avais ensuite regardé, satisfaite, le résultat par la fenêtre. Il n’y avait que du blanc, juste du blanc, et puis mes empreintes, par-ci, par-là. Et je m’étais sentie… Fière. C’était mon jardin, et donc, par la force des choses, cette neige-là était « ma » neige.

Posséder ainsi une chose si fugace m’avait semblé d’une richesse folle, et j’avais trouvé ça merveilleux de me sentir pour un temps comblée par la simple force de quelques flocons.

Je vous souhaite des bonheurs éphémères comme ceux là, de ceux qu’on retient plus fort parce qu’ils ne durent pas.

Victoire de Changy – Orfee

La photo est de Victoire de Changy
A lire aussi les voeux de Céile Jyoti : « Et si plus rien ne devait se ressembler ? »
Novembre s’efface en ce moment sous l’automne finissant des feuilles pourries, des brumes persistantes et de l’oubli qui enveloppe de plus en plus les commémorations de la fin de la Première Guerre Mondiale. Ce n’est pourtant pas faire oeuvre de morbide nostalgie que de comprendre le déclenchement de cette guerre dont nous sommes tous héritiers. Même à notre corps défendant.
 
Sans que l’on y prenne gare, le débat sur la guerre de 1914 et son déclenchement s’est déplacé. Les Poilus s’éteignent et la flamme des commémorations du 11 novembre a bien du mal être correctement entretenue.

Bon sujet pour le cinéma

Mais d’autres s’en sont chargés. Depuis quelques temps déjà en effet, le cinéma français produit des films sur le sujet. La vie et rien d’autre de Bertrand Tavernier, Un long dimanche de fiançailles de Jean-Pierre Jeunet, L’instinct de l’ange de Richard Dembo et plus récemment Joyeux Noël de Christan Carion sont autant d’exemples pour témoigner de ce retour en force du thème de la Première Guerre Mondiale. Tous ces films témoignent d’une émotion que l’on croyait réservée à nos arrières grands pères.
Un peu plus d’analyse nous montre en fait que la guerre de 1914 n’a pas seulement préparé la Seconde Guerre Mondiale mais qu’elle a façonné notre monde actuel et notre façon de le voir ou de l’accepter. Ce n’est pas une fatalité. Yves-Marie Adeline (voir son site), un historien français qui vient de publier 1914, une tragédie européenne, m’a inspiré ce billet en forme de piqûre de rappel, de sursaut cérébral.
Evénement colossal qui a mobilisé des nations, cette guerre a nécessité des efforts de cohésion a priori et a posteriori, parfois au mépris de la vérité, autant de leçons validées par l’actualité. J’ai rencontré Yves-Marie Adeline en Bourgogne, à quelques encâblures de la Champagne, au cours d’une conférence au cours de laquelle il présentait ce premier volume d’une série à venir. C’est tel un conteur qu’il nous a distillé quelques vérités qui semblent de bon sens mais qu’une certaine histoire politiquement correcte a plongées dans du formol et rangées sur les rayons de la poussière archivée.
Réveillons-nous donc grâce à quelques sonneries que l’intensité des coups de canons, de revolver et de mitrailleuses de 1914 nous a fait trop vite oublier. Première sonnerie, l’histoire est écrite par le sens des vainqueurs, pas par le sang des vaincus, qui sont forcément du mauvais côté de l’Histoire. Pas de chance ? Pas si sûr…
En bons Français, nous avons appris que les bonnes démocraties avaient gagné en 1918 contre les détestables monarchies. Juste un petit calcul: combien de votants y avait il dans l’Empire colonial français et combien dans l’Empire austro-hongrois ? A-t-on oublié que l’essentiel de l’Allemagne avait le suffrage universel alors que la victorieuse Grande Bretagne en était encore au suffrage censitaire ? La Guerre de 1914 n’est donc pas la victoire des démocrates contre les autocrates.

Un seul état voulait la guerre

 
La façon dont nous avons appris cette Histoire témoigne donc d’un parti pris. A bien y regarder, un seul Etat voulait en réalité la guerre, la France, pour pouvoir récupérer l’Alsace Moselle. Tous les autres ont été entraînés dans une logique qu’ils ont essayé de freiner jusqu’au bout. Même Guillaume II, lui qu’on a bien vite traité de va-t-en guerre alors qu’il a élaboré force propositions de paix ou de guerres limitées. On ne peut en dire autant des dirigeants français. Cela ne remet pas en cause la légitimité de la récupération de l’Alsace Moselle mais cela relativise grandement l’aggressivité germanique en la  matière. La France, mère de la paix et de la démocratie moderne ? C’est à voir.
Seconde sonnerie du réveil historique, le hiatus entre dirigeants, élus et opinions publiques. La France a réussi à entraîner l’Italie dans cette guerre en lui promettant des territoires déjà promis à la Serbie. Résultat, elle n’a eu que les territoires déjà promis par l’Autriche au cas où elle ne l’agresserait pas. Mais qui en Italie voulait cette guerre pour récupérer des territoires bien septentrionaux ? Quelques élites. Probablement pas les 650 000 morts des armées italiennes…
Une analyse plus profonde nous amène donc à une vision plus amère de la Grande Guerre. Mais c’en est devenu un mot d’ordre qui pollue parfois les films. Prenons le cas de Joyeux Noël où des troupes fraternisent en décembre 1914 sur le front de la Somme. Allemands, Français et Britanniques arrêtent les hostilités car ils sont usés par les hostilités. C’est un anachronisme : en 1914, on veut encore se battre. On n’est pas en 1917. Ne nous trompons pas d’époque. C’est encore valable à présent.
Ainsi nous devons sans doute nous affranchir d’une histoire a posteriori qui glorifie le sacrifice de générations indispensables. Leur sacrifice a fait sens. Il a témoigné d’une générosité ou d’un fanatisme. Mais cela n’a sans doute pas été la fin d’une génération de super héros. Car que penser des survivants qui se sont battus ? Ont ils créé un meilleur monde ?

Philippe de Casabianca

 

Blog de presse par ci, blog de presse par là, blog de moi même partout, les blogs de presse fleurissent ça et là sur internet oubliant par là la vocation de la presse qui est d’abord de produire de l’information… journalistique. Blog de presse? Une contradiction dans les termes. Mieux: comme une délicieuse guerre, un oxymore.

 

Pas de blogue ! J'suis journaliste moi.

L’oxymore est d’usage délicat. Car associer deux mots a priori incompatibles, comme l’idée du silence assourdissant ou de la délicieuse guerre, voilà qui peut donner lieu à de la carricature racoleuse. L’oxymore est une plante délicate qui ne peut donner toutes ses couleurs et offrir tout son parfum que dans le bon terreau.

Frapper les blogs de presse de l’opprobe de l’oxymore, tel un exercice de raccolage prohibé, n’est-ce pas en fait trop risqué ? Le blog de presse appartient-il vraiment à cette catégorie qui peut tomber dans le charme vénéneux sans crier gare ?

 

Le blog est incompatible avec la mission du journaliste

En réalité, dans l’ADN du blog, on trouve les gènes de l’auto-promotion. Ce blog ne déroge pas à cette règle. Cela n’est donc pas pour nous une tare. Avec le blog, l’internaute peut crier sans gène, à moi la célébrité sur internet: plus besoin donc de déambuler comme homme sandwich. Le blog sert d’abord à faire parler de soi, à échanger ensuite, l’un n’excluant pas du tout l’autre. S’il fallait rapprocher cet exercice d’un genre littéraire, sans doute faudrait-il le comparer au journal d’écrivain.
Et c’est là que le blog nous semble incompatible avec la mission d’information que doit poursuivre la presse. Certes, un journaliste talentueux, opiniâtre, équilibré fera forcément parler de lui. Certes aussi, son objectif demeure que les articles soient lus, que ses films soient visionnés, que ses sujets soient entendus de par les ondes. Mais en tant que tel, la mission d’un journaliste n’est pas celle d’un chanteur du prime time: il n’a pas à brûler les planches ni à exhiber son nombril par octets interposés.
Prenons l’exemple de The Economist. Dans sa version papier, nulle trace de signature car il ne s’agit pas de flatter l’égo des journalistes mais bien de rappeler qu’ils doivent s’effacer derrière leur mission de journaliste, derrière l’esprit d’équipe du titre. C’est un exemple à méditer.
Il est bien possible de trouver des journaux qui sur internet ont des blogs. Nous ne sommes pas sûrs que cela obéisse toujours à la définition de l’information car dans bien des cas, il s’agit alors de faire la promotion du nombril d’un journal qui, s’il restait fidèle à sa mission, pourrait se contenter de la qualité intrinsèque de ses propres sujets et articles. Du coup, c’est le blog qui deviendrait obsolète.
A y regarder de plus près, on peut donc observer que le blog répond à une logique de promotion, souvent un sport individualiste ou au profit d’un petit nombre d’émetteurs, tandis que l’information, même si elle est souvent émise à dessein, répond davantage à une logique d’intérêts collectifs des récepteurs, des publics cibles. Lorsqu’un journaliste traite d’un sujet, c’est d’abord pour être fidèle à sa mission d’information du public. Lorsqu’il écrit un post sur un blog, c’est d’abord pour faire parler de lui.

 

Le Canada Dry de l’info

Ca ressemble à de l'alcool, mais c'est pas de l'alcool !

Prenons le blog de Jean Quatremer sur Libération. C’est d’abord lui qu’il met en scène. S’il relate des informations, c’est d’abord en tant que porte parole de lui même. Est-ce la mission du journaliste ? C’est loin, très loin d’être certain. Au fond, cela ressemble à ces journalistes qui posent des questions en salle de presse alors qu’ils en connaissent la réponse. Le but ? Pavanner devant des confrères… Nous préférons penser que le blog de presse participe d’une opération de communication réalisée pour et par des journalistes, un oxymore, donc.

Nous n’en sommes cependant pas à dénier de charmes “les blogs de presse”. On peut y apprendre des éléments d’informations croustillantes, on peut y goûter à un autre style mais on se demande alors comment se fait-il qu’un journaliste qui s’est fait un nom par un organe de presse connu, se serve de cette réputation pour employer des techniques et des ficelles que son rédacteur en chef aurait réprouvées pour l’édition payante ? Deux poids, deux mesures ?
Il y a là un jeu de dupes. On ne pas reprocher au journaliste ces manquements à l’éthique de la presse et de l’information parce que ce n’est pas le site officiel du journal. Eh non, c’est un blog, donc c’est libre. Trop facile, non ? Cela ressemble à certains écrivains comme Dan Brown et don Da Vinci Code qui mettent le titre roman (comme cela; on évite les critiques des historiens) mais qui passent leur temps à habiller leur ouvrage du paquet cadeau du documentaire informatif quoi que mis en scène. En somme, un blog de presse, c’est le canada dry de l’info. Cela en a la couleur, l’apparence mais pas le reste. Bon appétit et faites attention aux mélanges.

 

Philippe de Casabianca

Saint Net, priez pour nous! Aujourd’hui, ce n’est plus la frontière des Pyrénées comme le déplorait Pascal qui peut servir de variable de la vérité. Non, aujourd’hui, c’est internet la vérité, c’est internet l’évangile de notre société. Vérité peut-être parce qu’on y trouve de l’information, une forme aussi d’un des sens. Vérité plus probablement  parce que tant de gens qui y sont à se prélasser, s’exciter ou surfer ne peuvent tout de même pas être dans l’erreur. A la base de la vérité moderne, beaucoup de buzz, donc.

Même si, à l’échelle de l’humanité, internet et les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC) n’occupent encore qu’une niche, elle ressemble fortement à la mutation d’un gène capital pour l’homme, un gène responsable du développement du cerveau. Plusieurs neurologues le montrent, telle Marianne Wolf ou tel Jean-Philippe Lachaux, l’usage des NTIC n’est pas neutre sur le fonctionnement de notre intellect. Cela a une influence évidente sur notre capacité de recherche de la vérité et sur la perception que nous en avons.

Je clique ou je clique pas ?

Avec internet et les Smartphones, on peut de plus en plus découper notre quotidien et notre raisonnement en autant de micro moments, de flashs instantanés, un peu comme on se pose la question face à un lien hypertexte selon la réflexion très sophistiquée, je clique/je clique pas. Cela induit une accélération des processus de recherche d’information, ou plutôt cela donne la possibilité d’en multiplier le nombre. En soi, cela n’est pas une garantie automatique de rapidité mais plus une accumulation d’éléments rapides. Cette accumulation peut nous donner l’impression de multiplier les recoupements, et donc un accès plus solide à la vérité. En somme, nous appellerions ici vérité notre capacité de toucher à tout.

Ce fractionnement des contacts et la multiplication que nous venons d’évoquer permet donc un fourmillement de contacts en surface : on effleure un site, on pèche des contacts comme certains chalutiers, bref, on se grise de sa puissance, de sa grosse puissance. Ce sentiment de puissance plus virtuelle que réelle amène certains à exhiber leur Smartphone comme certains exhibent une décoration de complaisance : l’un et l’autre doivent se voir, l’un et l’autre témoignent au moins d’une certaine capacité, peut-être superficielle, mais une capacité tout de même de contact, voire de coopération. L’internet actuel serait même coopératif. Ensemble donc, on ne va tout de même pas la rater cette vérité, non ? Le piquant dans l’histoire, c’est qu’elle ressemble à bien des égards au fonctionnement de la démocratie.

A Saint Net, rendons donc ses miracles, d’un coup de clic on contacte la terre, ses chercheurs, ses penseurs et leurs contradicteurs : comment la vérité ne sortirait-elle pas de ces confrontations ? Or, comme le phénomène du buzz le montre  entre écho et miroir, ce qui ressemble à une confrontation de points de vue et de sources documentaires tient en fait davantage du phénomène grégaire et d’attirance de l’image, vous savez, celle qui est sur votre écran et qui vous pousse à cliquer encore cliquer, toujours des petits clics…jusqu’au clic final. Qu’il repose en paix!

Qu’on ne se méprenne pas. Nous ne méprisons pas l’existence d’authentiques chercheurs de vérité comme celle d’authentiques débats et autres forums. Mais pour quelques identités authentiques, combien de personnes n’affichent elles pas courageusement leur pseudo, ce porte voix indispensable pour lâcher sa vérité ? Du coup, comme dans la vie réelle, c’est le bruit, la rumeur qui deviennent vérité au prix d’approximations rationnelles à la petite semaine comme « il n’y a pas de fumée sans feu ». Pas nouveau, ce genre de phénomène a connu grâce à l’amplification du net un regain de vitalité. C’est l’intensité qui donnerait de la crédibilité. Yahoo ne procède pas autrement quand il montre en haut à droite de l’écran le buzz du moment. C’est la vérité du net, ce  qu’il faut savoir, même si cela ne repose pas forcément sur grand-chose. Mais la vérité du net, s’oppose-t-elle à la Vérité ?

Où trouver la vérité ? Sur wikipedia !

Le monde à l'envers : selon wikipedia, la liberté conduit à la vérité. C’est l’exact contraire du postulat selon lequel c’est la vérité qui rend libre.

Creusons. C’est sur cette possibilité de confrontations des points de vue, par écran interposés, sur finalement cette apparence, que le Web 2.0 tire sa popularité et son appellation. Le chantre de ce phénomène est Wikipédia, dieu lare de bien d’internautes et sauveur providentiel pour les élèves en retard dans leur préparation de l’exposé de la veille. En matière de vérité, son postulat personnel est simple : la liberté conduit à la vérité. C’est l’exact contraire du postulat selon lequel c’est la vérité qui rend libre. Cette évidence mérite d’être soulignée.

En bref, n’importe qui peut poster un élément sur l’encyclopédie libre Wikipédia, mais n’importe quel veilleur agréé peut corriger ce qu’il juge une mauvaise copie. En cas de désaccord, c’est la loi du consensus qui prévaut. Est jugée vraie une information faisant l’objet de références externes, c’est à dire recoupée par d’autres sites ; est jugée fausse une information refusée par deux ou trois veilleurs de Wikipédia. En somme, on en parle, c’est vrai. On est plusieurs à le croire, c’est vrai aussi. Voilà de beaux raccourcis propres à sacrifier la vérité. Il faut sans doute alors parler de buzz de la connivence, non ?

Mais quel rapport avec la démocratie, direz vous ?  Si l’on compare des points de vue dotés de connaissances comparables mais diverses, on a plus de chances de trouver la vérité. C’est le propre des revues scientifiques à comité de lecture. Internet n’est pas si sélectif. En démocratie, si l’on associe des points de vue, on passe à une autre notion, celle de justice. Mais on n’est pas sorti de l’orbite de la vérité. Car comment construire une justice qui ne reposerait pas sur la vérité ?

Un des principes actuels de la démocratie suppose que l’addition des opinions est propre à cumuler justice et vérité. Pour des questions simples, cela se comprend. La délibération permet au choix politique de s’exprimer au delà d’une seule logique technique ou mécanique. Pour des questions plus compliquées, l’accumulation de points de vue n’aide pas forcément à y voir plus clair. En fait, plus la puissance de la raison croit, et les NTIC jouent ici un rôle, plus celle-ci doit se référer à autre chose qu’elle même afin de prendre de la hauteur au delà des opinions et intérêts particuliers. Il lui faut atteindre la grammaire commune de la vérité et se perdre dans ses différentes conjugaisons n’aide pas toujours.

Le lien avec la multiplicité des contacts et confrontations sur internet s’impose ici : la multiplicité, pas plus que le buzz, ne sont synonymes de vérité ni de justice. Bien des dictateurs ont été sacrés par les urnes, bien des dieux du net ont surfé sur leur buzz, mais pour quelle vérité, quelle justice?

Le buzz du gender

On peut trouver cela rassurant et inquiétant. Cette analogie entre démocratie et internet sur fond de vérité nous montre le caractère très humain du débat, même s’il s’agit là d’une humanité qui a perdu quelques repères. Prenons ainsi l’exemple du débat sur le gender qui prétend que l’identité sexuelle est le résultat d’une construction sociale et intellectuelle, non celui de notre sexe biologique. Lancé par divers philosophes américains et européens, cette théorie est maintenant enseignée en première dans les lycées français et à l’IEP de Paris. C’est là le résultat d’une forme de démocratie internationale puisque les instances de l’ONU n’ont pas ménagé leur peine pour le diffuser à force de contacts, de colloques et de financements de conférences.

Cette confrontation démocratique repose-t-elle sur un fond de vérité ? La théorie du gender (en français du genre) est en fait une manière de refuser l’existence de son propre corps et de  ses conséquences biologiques et psychologiques sur notre être. Comme l’explique la neurologue Lise Eliot, les neurones des hommes et ceux des femmes ne fonctionnent pas exactement de la même manière : c’est un champ ouvert à la complémentarité, à la reconnaissance de l’altérité. Certes, la société influence le développement de notre identité sexuelle. Pour autant, elle ne la crée pas. Car avant même l’apparition morphologique des organes génitaux, le sexe du zygote est programmé avec son identité masculine ou féminine.

On le voit donc, malgré la confrontation des points de vue, même dans la vie sociale non électronique, les choix politiques peuvent chercher à s’affranchir des réalités physiques qui devraient s’imposer au nom de la nature. De notre nature. Pilotés par nos gènes, les octets ne peuvent pas mieux faire que nous.

Philippe de Casabianca

La disparition du fondateur d’Apple signe la chronique d’une mort annoncée. C’est aussi celle d’un élan médiatico-populaire qui rappelle l’enterrement de Lady Di entourée d’Elton John chantant Candle in the wind, autant d’éléments qui n’ont pas toujours un rapport évident avec la réalité.

La mort de Steve Jobs ne m’a pas fait orphelin. Je n’ai pas pleuré même si j’ai bien apprécié la une de Libération, l’une des plus inspirées et sans doute fidèle à Apple et à son esprit qui a si bien combiné marketing, sobriété et prospérité.

Une pomme pas vraiment verte

Steve Jobs enfin a pris le temps de faire face paisiblement à son destin et s’est préparé à sa mort avec une certaine dignité. Pas de quoi donc sombrer dans l’hystérie des post-it décorant les magasins d’Apple, autant d’éléments d’une belle promotion gratuite. Au-delà de son départ physique du monde matériel, Steve Jobs aura maintenant le temps de songer (et d’inspirer) à des produits qui soient aussi verts, voire plus, que la pomme de son entreprise.
Car au-delà de l’aspect brillant et même magnétique de ses créations, de l’Apple II à l’iPad, autant de jouets de haute technologie, les produits Apple ne comptent pas parmi les produits verts. Ils sont réputés pour tuer. Les ouvriers chinois surexploités qui les fabriquent à coups de cadences infernales, la nature quand on doit en extraire les produits toxiques et difficilement recyclables comme les batteries à usage limité. N’en jetez surtout pas plus !
Et surtout, surtout encore séchez vos larmes. Certes, il a révolutionné le monde… de la technologie, mais pas le monde en tant que tel. Le comparer à Einstein, c’est bon pour des politiciens qui rêvent de profiter de son prestige. Mort, il ne se risquerait pas à redescendre du ciel pour apporter un démenti.

 

Le computer est enfin devenu personnel

Mais ne mégotons pas : en rendant l’informatique et ses applications beaucoup plus séduisantes que les monstrueuses et inhumaines machines de 2001 l’Odyssée de l’espace, Steve Jobs a fait venir bien du monde sur les rives des octets et de leurs formes désormais aguichantes. C’est peut être, à défaut d’être révolutionnaire, une étape majeure.

Un informaticien qui se soucie de son public, c’est vrai que cela ne court pas toujours les rues. Bien souvent, c’est au public de se former pour comprendre l’informaticien. Avec Apple, le public s’est enfin extrait de ce rôle et c’est là que le computer est vraiment devenu personnel. Mais c’est peut être aussi là que l’ordinateur est devenu plus objet de design qu’instrument de gestion des données par l’utilisateur, enfin par celui qui croit en avoir besoin.

Les couleurs acidulées des iMacs, les écrans tactiles des iPhones, les concentrés de musique des iPod, mais qui donc pouvait y résister ? Autant de possibilités de se faire plaisir sans dépendre des autres… Dingue non ? Dément, je vous dis ! Ce n’est pas un hasard si la direction du design est juste en dessous de la direction générale d’Apple…

Steve Jobs ? Un vrai fil RSS

 

Certes, certes, mais parmi tous ces produits qui font si bien branchés et qui nous rapprochent si bien aussi de nos envies, combien réellement sont-ils l’œuvre de Steve Jobs ? Alors je sais, face à un informaticien qui se fait prendre en photo à la manière des Studios Harcourt, au fond plus comme un designer que comme un dompteur d’octets, la question peut sembler impertinente. Et pourtant, un peu comme Marck Zuckerberg, Steve Jobs n’a pas inventé tant que ça : il a passé une bonne partie de sa vie à perfectionner les inventions des autres, comme la souris, à les agréger et à soigner jusqu’à l’extrême le packaging. Steve Jobs ? Un vrai fil RSS.
Mais pas que cela. Un fil RSS qui se vend et qui fait vendre. Pas un croisé de la démarche scientifique qui publie et partage. Chacune de ses trouvailles, il a pris soin de la labelliser, d’en faire un objet propriétaire qu’on paye. On s’éloigne là du mythe du Web 2.0 et de sa communauté participative.
Apple a su rester à part : sans les virus du monde, il a développé son vers égocentrique comme Eve nous a donné et la pomme et les pépins.

Philippe de Casabianca


Les Nouvelles Technologies impressionnent par leur puissance de calcul et leur capacité de mobilisation de ressources et d’information. C’est probablement au moins la marque de la diffusion de l’ordinateur qui « n’est pas une machine à écrire qui envoie des télégrammes ou présente joliment un programme de colloque. C’est une logistique puissante de traitement informationnel, de management de l’information et de la connaissance, de veille scientifique, technologique, concurrentielle, stratégique… » A l’échelle de l’humanité, un tel concentré est évidemment récent et fera probablement date. Leurs diffusions tous azimuts l’attestent déjà.

Pour autant, la question des Nouvelles Technologies s’inscrit dans le débat plus large de la technique et du développement de la science. Comme l’explique Gérard Chazal, certes, on trouve bien des esprits pour ne plus croire que « le progrès technique entraîne automatiquement le bien être matériel et le progrès de l’humanité. » Mais alors, « certains cultivent la nostalgie d’un monde moins technicisé, oubliant d’ailleurs souvent quelles furent les conditions de vie difficiles des ancêtres ».
Car en effet, avec les Nouvelles Technologies, l’homme devient encore plus capable de faire fructifier ses propres atouts,  moyen d’assurer davantage sa domination sur le monde extérieur,  mais aussi d’approfondir une certaine vérité scientifique, qui reste encore complexe.

Les Nouvelles Technologies donnent à l’Homme les moyens de développer ses propres richesses intérieures.

la multiplication des zéros dans le langage informatique est à l'origine du monde d'aujourd'hui

L’Homme a tellement employé au cours de son histoire le mot nouveau que celui-ci en est devenu quelque peu suspect. Avec un peu de recul, il est aisé de considérer cette nouveauté comme relative et valant bien évidemment pour le passé. Qu’en est-il pour les Nouvelles Technologies ? Comme pour toute technologie, les produits auxquels nous faisons ici référence permettent à l’Homme de s’extraire de la seule contingence physique pour mettre davantage en œuvre son intelligence et occuper son temps disponible plus intensément. Passer d’une paire de ciseaux à une tondeuse électrique permet probablement d’avoir un autre regard sur le jardinage et sa famille qui y gambade.
Ce phénomène n’est évidemment pas propre à notre époque ni à l’objet de notre analyse. En revanche, il semble que la nouveauté se manifeste dans le saut d’intensité que les Nouvelles Technologies permettent : la quantité d’information condensée, connectée et immédiatement disponible dans ces produits maximise les facultés et donne un stimulus jusque là inconnu. Parce que davantage d’intelligence est mise à disposition, il est aussi possible de faire fructifier encore davantage d’intelligence. Pour David Shenk, la nouveauté se trouve dans la quantité d’information mise à disposition : « au milieu du XXe siècle, on a commencé à produire de l’information plus rapidement qu’on ne peut la digérer. Jamais cela ne s’était produit auparavant ».

Pour s’en convaincre, prenons-le raccourci du zéro : son invention par les Grecs leur a donné une intelligence mathématique absente chez d’autres. Considérons alors la multiplication des zéros dans le langage informatique ! C’est bien entendu une métaphore mais elle illustre le fait que l’ouverture de l’esprit grâce à l’ajout de connaissance, à la concentration du savoir crée un puits sans fond que l’intelligence est a priori amenée à explorer pour aller plus loin. C’est en tout cas le concept des promoteurs des Nouvelles Technologies.

Le développement de la connaissance humaine

Avez-vous assez de mémoire ?

Les Nouvelles Technologies permettent une meilleure conservation de l’information et donc une mise à disposition d’autrui de celle-ci plus efficace.
Les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC), une composante majeure de ces outils, permettent à la connaissance de s’extraire des contingences humaines de transmission des savoirs. Tout défaut n’est pas gommé, mais les capacités de stockage, de numérisation, de synthèse et de comparaison de l’information permettent de gérer des défauts dus à l’oubli, à la subjectivité ou à l’éloignement tant géographique que temporel des émetteurs de savoir. A la clé, un fréquent gain de temps.
La connaissance n’est pas supposée avoir de dates limites de consommation et pourtant comme une connaissance, peut, en cas de conflit, de concurrence, chasser l’autre, ici aussi, le concept de date limite de consommation a son sens. On sait, par exemple, depuis longtemps que la saignée n’améliore pas le tonus des malades. On ne la pratique donc plus. Et il a fallu certaines expériences malheureuses de navigateurs au grand large pour forcer les marins à avoir une alimentation équilibrée afin d’éviter le scorbut. On le savait pourtant déjà mais cela s’était oublié. Avec les NTIC et par exemple les réseaux d’information comme internet, les expériences passées se stockent et se partagent avec très peu de limites. Pas a priori de problème de date limite de consommation ici  à propos de l’information bien conservée.
L’Histoire en devient ainsi davantage source d’enseignement et d’entretien du patrimoine de nos expériences.

Cette mise à disposition de davantage de savoirs déclenche une stimulation sans fin.

Thomas d'Aquin, Santa Maria Novella à Florence

La soif de savoir s’étanche d’autant moins qu’on y répond. Une fois éveillée, la curiosité se nourrit des réponses qu’on y apporte et c’est une forme de positive boîte de Pandore qu’on ouvre ainsi. La numérisation de l’information via les NTIC permet à la fois son transfert avec un minimum de restrictions physiques mais surtout permet d’établir des connections entre différents éléments, entre différents supports et entre différents thèmes. L’association de différentes connaissances s’avère être un vecteur capable de favoriser la synthèse et donc l’éveil de l’intelligence. Même si on ne peut tout savoir et qu’on en est conscient, le simple fait de croire qu’on peut partager des connaissances est une stimulation favorisée par les NTIC.
On est ici pas très loin de la phrase de Saint Thomas d’Aquin qui déclarait que « la connaissance de foi n’apaise pas le désir mais l’accentue puisque chacun désire voir ce qu’il croit ». Notre théologien ne parlait certes pas pour les NTIC mais il décrit bien le phénomène auto entraînant des connaissances associées à la conviction. Internet s’inscrit ainsi dans cette tendance : ce n’est pas seulement un univers de câbles téléphoniques, d’ordinateurs, d’octets et de stockage d’information. C’est aussi un ensemble de personnes qui y croient et qui annoncent ses futurs développement parce qu’ils y ont intérêt ou par simple foi. Il s’agit aussi d’un phénomène de valorisation des talents par la conviction. C’est aussi une forme de pédagogie pour ceux qui ont réussi parce qu’ils ne savaient pas que c’était impossible.
La maîtrise de connaissances de base et des outils qui les véhiculent pousse ainsi à aller plus loin. Comme l’explique Samuel Joshua, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Provence, à propos des Nouvelles Technologies éducatives, « la démocratisation de l’accès aux calculatrices de poche est en train de bouleverser la nature de certaines activités mathématiques ». On ne demande plus seulement aux enfants de savoir compter mais en effet bien plus encore de justifier leurs raisonnements: une forme de progrès donc si, bien entendu, les bases ont été auparavant assimilées ; les Nouvelles Technologies ne sont en effet pas un talisman.

L’ouverture à l’abstraction via le virtuel

Comme on ne peut expérimenter toutes les informations, -c’est là un phénomène bien antérieur aux Nouvelles Technologies-, une capacité d’abstraction est indispensable pour faire progresser son intelligence. Ainsi que l’explique Einstein, « les concepts physiques sont des créations libres de l’esprit humain et ne sont pas déterminés par le monde extérieur ».
La capacité d’extraction du monde physique par les Nouvelles Technologies, leur capacité donc à créer des mondes artificiels, des mondes virtuels permet de valider par l’intelligence et non par l’expérience des concepts. Le virtuel, en ce sens qu’il désigne un futur aléatoire, un présent ailleurs ou un présent spirituel est donc un champ d’expérimentation et de développement de l’intelligence rendu possible par le concentré de connaissance des Nouvelles Technologies. Les modélisations et les simulations informatiques permettent des progrès, permettent de mettre en chantier des idées auxquelles on n’aurait jamais eu accès s’il avait fallu attendre de les expérimenter. Cette situation n’est pas cependant propre aux NTIC comme le montrent les réflexions mathématiques de l’antiquité. Mais les NTIC ont pu favoriser une accélération des capacités d’abstraction et des applications qui en découlent. Le cas de la fusion thermonucléaire en apporte un exemple heureusement évident.

Les Nouvelles Technologies offrent une extériorisation de nos compétences pour élargir notre avenir.

Tout comme leurs devancières, les Nouvelles Technologies jettent un pont entre l’intériorité de l’Homme et son environnement extérieur. Il s’agit sans doute d’intensifier les connections de son intelligence, mais bien plus encore de les orienter vers un résultat concret ou en tout cas visible. Il y a donc ici, l’intelligence en main,  un exercice d’affirmation de soi et un refus du fatalisme face à un destin ou à notre environnement. Les Nouvelles Technologies permettent ainsi à l’Homme d’être davantage Homme en ce sens où les possibilités de mémorisation et de partage des connaissances favorisées par elles font de chaque progrès individuel une partie versable dans le patrimoine commun de l’intelligence collective.

La domination de la nature par l’Homme

Platon et Aristote dans l'Ecole d'Athènes de Raffaello (Vatican)

Quand l’Homme s’extrait des contingences de son existence physique, il domine sa nature et, comme on l’a vu, les Nouvelles Technologies peuvent y contribuer.
En bonnes héritières de la recherche scientifique, elles peuvent aller plus loin en aidant l’Homme à dominer la nature en tant que telle. Le cumul de connaissance et d’intelligence permet d’élaborer des outils, des objets qui dominent la matière et illustrent la puissance de ces combinaisons. Comme l’explique Bertrand Souchard, certes, « l’esprit ne laisse pas toujours de traces dans la matière », mais, « si l’animal peut utiliser des outils, seul l’homme fabrique des outils pour fabriquer d’autres outils ». La domination par l’Homme de la nature exige donc un concentré d’intelligence, de connaissance et d’abstraction où les Nouvelles Technologies sont reines, précisément en raison de leur capacité à faire cohabiter beaucoup de savoirs en peu ou pas d’espace physique.
L’imagerie médicale apporte un intéressant exemple. Croisement, cohabitation de différentes disciplines comme la radiologie, la photo, l’acoustique, elle permet à la médecine d’anticiper et de guérir les troubles de la nature. C’est un exemple typique de concentration de l’information favorisée par les NTIC.

C’est d’ailleurs ici que l’on retrouve les bienfaits d’une certaine abstraction à la base de la recherche scientifique, mère des technologies. Pour Bertrand Souchard, si la science résolument moderne a émergé dans l’occident judéo-chrétien, c’est en raison de la théologie de la création qui désacralise la nature et pose sa rationalité. Cette théologie est d’abord un raisonnement qui jette un regard sur le réel. En soi, ce n’est pas toujours une expérimentation directe. Mieux encore, l’incarnation de Jésus, du Ciel sur la Terre (les hommes) donne à la matière sa dignité et montre que la présence sensible de l’humanité ne détériore pas la divinité. Il est donc possible, les pieds sur terre, de penser au ciel et de combiner foi et raison.

Cette force de l’abstraction permise par les Nouvelles Technologies est capitale. Car comme l’explique Pierre Duhem, « c’est l’interprétation théorique qui permet à l’expérimentation scientifique de pénétrer bien plus en avant que le sens commun dans l’analyse détaillée des phénomènes» .
Les Grecs n’avaient pas de tels raisonnements. Que l’on songe à Prométhée condamné pour avoir désacralisé le mystère du feu. Dans la théologie païenne, les lois mathématiques n’étaient envisageables que là où il n’y a pas de matière (le ciel), d’où par exemple l’importance des connaissances grecques sur les étoiles. Faute d’accorder toute leur foi à la recherche abstraite, des peuples comme les Grecs ont certes eu de bonnes technologies, de solides penseurs, mais ont relativement peu fait progresser les technologies qu’ils maîtrisaient déjà bien par habitude comme la navigation côtière. Question d’époque aussi : il serait difficile de voir dans ces technologies le concentré de savoirs que nous connaissons maintenant.
La conjonction du grand spectacle des techniques et des sports de l’extrême apporte un exemple intéressant. Via des prototypes comme ceux de la formule 1, de l’aviation ou des voyages spatiaux, les Nouvelles Technologies ont commencé par fabriquer des objets uniques. C’est la part du rêve, du ciel et des nuages. Il est fréquent que l’on passe ensuite à une phase de popularisation des prototypes, d’une mise à disposition de ces produits pour le grand public via une production de masse. C’est la part du rêve, peut être un peu dégradé, mais bien devenu réalité. C’est la part de l’Homme les pieds sur terre.

Capitaliser sur le collectif de nos expériences

La mise en commun d’expériences est, on l’a vu, bien antérieure à la diffusion des Nouvelles Technologies. Les encyclopédistes sont en effet passés par là.  Mais le rythme actuel est d’une autre ampleur.
En stockant les expériences d’autres que nous via des NTIC ou via des outils qui les véhiculent, on peut faire nôtres ces expériences. C’est ici une façon de montrer la valeur d’échange que revendiquent les NTIC. Internet a pour cela une expression, le web 2.0 ou le web participatif. Chacun est censé y être acteur. Ce collectif d’expériences permet de relativiser notre propre cas et de s’extraire d’éventuelles pensées à la mode pas toujours fécondes. Car si le réseau de l’information nous met certes à leur contact, la possibilité de varier les points de vue offre du recul.
La domination de la nature prend alors une tournure potentiellement équilibrante grâce à cette capitalisation collective d’expérience : le partage d’information et l’esprit de synthèse que permettent les NTIC nous donnent par exemple l’occasion de réfléchir, de saisir que le retour à la nature, censée plus pure, car dénuée des technologies trop humaines, n’est pas l’Eden de Rousseau mais bien l’état de la loi du plus fort. L’apport d’autres expériences échangées par les NTIC permet aussi de bien comprendre que dominer la nature pour dominer n’a pas de sens car l’homme se réalise dans l’extériorisation de ses expériences et dans le don de soi.

San Matteo, Michelangelo, La Galleria dell'Accademia, Florence. Saint-Mathieu est-il libre ou prisonnier de la matière ? Le techno est-il libre ou prisonnier des nouvelles technologies ?

Autrement dit, il n’y a de bien pour l’homme que lorsqu’il décide de se donner à autrui, la Nature comprise. C’est là un patrimoine qui se crée et s’entretient. Mais ce don n’est pas abandon ! Les Nouvelles Technologies, par leur culte de l’échange y contribuent. Un peu de réflexion nous fait aussi observer que réciproquement un amour immodéré de la nature cache une haine des hommes… Mais c’est là un tout autre débat.
Grâce aux Nouvelles Technologies, on peut se trouver, face à la Nature ou à d’autres contingences, à d’autres pressions sociales, en présence d’un « nouvel espace de liberté ». Comme le relève Christophe Geoffroy, l’internet permet en effet une mobilisation politique à peu de frais mais capable de défendre son point de vue face à une cohorte de média allant dans le même sens.

L’isolement d’individus qui ne se retrouvent pas forcément dans les opinions publiques n’est pas une fatalité : les NTIC permettent d’agréger des individus et de regrouper ces nomades en communautés avec leurs codes comme le monde de l’internet aime à s’en faire l’écho via les blogs et autres fora. Dans le même genre  d’autonomisation, on peut relever que grâce à l’internet, des artistes musicaux peuvent commencer par se faire connaître à moindre frais, libérés de certaines des contraintes physiques de l’édition et davantage en prise avec leurs publics via les sites et autres courriers électroniques.

On le voit donc, ce nouvel espace de liberté est censé mieux faire cohabiter patrimoine commun de connaissances et une certaine autonomisation de l’individu. Pour Monique Linard, avec les NTIC, « la capacité d’intégrer le changement par une action relativement autonome devient un critère central d’efficacité aussi bien pour les individus que pour les groupes sociaux ». La dynamique des Nouvelles Technologies est en effet celle d’une performance à améliorer, ce qui implique une spirale du changement et une nécessaire adaptation des utilisateurs.

Une planification des processus en vue d’une meilleure performance

La nature des Nouvelles Technologies permet une optimisation des processus en limitant les risques d’erreur lors des répétitions des tâches. Une fois stockée, l’information ne perd pas, en soi,  de fraîcheur par rapport à l’usage auquel elle est destinée. L’information ne perd en fait de sa fraîcheur qu’en cas d’arrivée d’une autre information qui infirme celle jusque là considérée comme pertinente.
L’assimilation de l’information à une marchandise quasi physique permet une systématisation des phénomènes et processus de production comme d’usage en fonction d’un scénario écrit par l’Homme. L’usage d’un agenda électronique avec rappels automatiques permet ainsi au distrait de ne pas oublier ses rendez vous. L’insertion de calculs automatiques dans des tableurs permet une comptabilité plus rapide et en relation avec les autres départements d’une entreprise.
L’Homme est ainsi capable de gagner en qualité de vie. La planification de processus lui permet en effet de dégager du temps pour d’autres activités ou sources d’épanouissement. Et c’est ainsi que l’Homme se projette en avant comme anticipant son futur proche. Bergson ne disait-il pas que « toute action est un empiètement sur l’avenir » ? C’est que l’Homme aime se projeter vers l’avenir. Il est logique qu’il s’en donne les moyens, qu’il avance même si cela peut altérer son présent.

Mais les Nouvelles Technologies favorisent un rapport complexe avec la vérité scientifique

Il est sans doute utile d’introduire une distinction entre les Nouvelles Technologies destinées au dialogue en réseau et celles conçues pour l’usage de son propriétaire sans que ce dernier n’intervienne avec d’autres homologues, avec d’autres hommes. Les Nouvelles Technologies sont bien multiformes. Dans le cas des jeux vidéo par exemple, on fera la distinction entre les programmes de réseaux et les supports où l’Homme ne joue que contre la machine.
Cette distinction a bien évidemment des conséquences en termes de relations humaines. Elle permet aussi de mieux comprendre le jeu de balancier entre des notions contradictoires que connaissent les Nouvelles Technologies. Il y a ici une interactivité induite par les Nouvelles Technologies que l’on connait déjà avec les relations humaines. Cette caractéristique, ici systématisée, se mêle au phénomène de convergence, de généralisation des réflexes, à force d’employer les mêmes outils. La sorte de jeu de question/réponses dû au phénomène d’interactivité multiplie les confrontations avec une réalité, l’objectif étant d’aboutir à une réponse valide. Ce qui compte donc, c’est davantage l’existence d’une réponse que la vérité, ou l’écho plus que la beauté du son lui-même.
Cela n’empêche pas l’élargissement des horizons dont il est ici question, mais cela peut contribuer à le fragiliser. Les Nouvelles Technologies ont en effet parfois un rapport quelque peu ambivalent avec la recherche scientifique qui avait présidé à leur éclosion.

Les jeux de la mesure rationnelle et de la perception émotionnelle

On a vu que la mise en commun d’information via les NTIC permettait de limiter les risques du subjectivisme et d’aller par là à davantage de rationalité.
Mais la mise en réseau de ces informations ne saurait oublier l’impact du support et la charge émotionnelle qu’il véhicule par lui même. Les Nouvelles Technologies impliquent d’une manière ou d’une autre une approche des sens de l’Homme. Pour transmettre leurs informations, elles emploient des techniques de visualisation. Pour le cerveau d’ailleurs, les messages transmis sont d’abord des images qu’il décode en tant que telles. C’est particulièrement vrai, mais notre esprit n’en est pas toujours conscient, lors de la lecture d’un texte sur l’écran d’un ordinateur. «Sur un écran, on perçoit la page ou plutôt la surface de l’écran, d’une manière globale. On survole le texte plus qu’on ne le lit réellement mot à mot… Dans un premier temps, la majorité des internautes ne lisent pas, ils photographient».

Ces signaux ne sont donc pas exactement les mêmes que ceux décodés lors de la lecture d’un simple document papier : la distance n’est pas identique, cela donne au cerveau d’autres occasions de fonctionner, de communiquer et d’assimiler. Passant par l’image, la technologie prend aussi beaucoup appui sur la charge émotionnelle même si on prend pour décrire ces phénomènes un discours physique comme le concept de l’ergonomie visuelle le montre. Ce concept d’ergonomie valorise la notion de confort, ce qui peut en fait prendre en compte aussi la gestion des émotions.
Ce recours à l’émotionnel se trouve aussi bien dans les supports sans réseau que ceux avec réseau. Mais l’impact est différent. Dans le cas d’un outil sans réseau, c’est-à-dire sans possibilité de dialoguer avec d’autres bipèdes proches de nos caractéristiques, la charge émotionnelle a déjà été transmise lors de l’achat. Ils s‘agit là tout simplement de packaging, d’emballage, les Nouvelles Technologies n’en étant pas fondamentalement à l’origine mais jouant un rôle facilitateur. Il est en effet plus facile de manier les pixels que les pigments pour réaliser une belle image trônant sur un bel emballage.
Dans le cas d’un outil en réseau, la recherche de l’émotion sera continuelle, évolutive et polymorphe. C’est bien davantage l’essence même des Nouvelles Technologies à cet endroit. Pour s’en convaincre, observons que la graphie des messages électroniques, comme les points d’exclamation, a un effet de choc bien plus fort que s’il est exprimé lors d’un contact physique direct. Car ici le mot devient image et quand on sait qu’une image vaut mille mots… De la rationalité d’une volonté de mobiliser son intelligence, on passe donc vite au jeu conscient ou pas de l’émotion par images interposées. Les cartes de l’intelligence en viennent à se brouiller quelque peu et à perdre leurs atouts.

Le balancier entre réalité, vérité et falsification

Le buzz (anglicisme de bourdonnement). Illustration du livre de Monica O'Brien sur les réseaux sociaux : "Pollinisation Sociale", les éditions Diateno

Les échanges d’information que facilitent les Nouvelles Technologies permettent de contribuer à la confrontation de points de vue et peuvent aider à extraire d’une collection d’expérience une vérité.
Comme l’explique Bertrand Souchard, « la vérité suppose une raison active qui dialogue avec la réalité. On n’a jamais fini d’approfondir ce que l’on sait ou croit savoir ». Les jeux de la rationalité et de l’émotion, s’ils étendent les modes de communication et d’apprentissage, notamment grâce à l’interactivité, ne permettent pas toujours cette quête de vérité.

Comme le montre le phénomène du « buzz » sur internet, cette diffusion d’une information originale, d’une rumeur, ce qui compte c’est le consensus du moment, la vérité du moment, la scorie d’une comète pourrait-on dire. A partir du moment où des internautes réagissent au buzz, ils contribuent à la valider, à la faire exister. Il s’agit là d’un pouvoir de création mais aussi de manipulation. L’échange sur internet se paramètre d’abord en vue de favoriser des confirmations des informations transmises. C’est là une grande utilité dans le sens où une information est jugée populaire si elle profite à la communauté, c’est-à-dire si elle peut être reprise par d’autres sites internet.
Mais c’est là également sa limite car la science procède d’une démarche plus ample. Elle progresse aussi beaucoup par infirmation d’une théorie, d’un concept, donc par phénomène de falsification, histoire d’emprunter ensuite un autre axe de recherche. Il ne s’agit pas ici d’une forme de relativisme scientifique à la chinoise où le vrai ne serait qu’équivalence du faux. Il s’agit de donner à une théorie toute sa chance intellectuelle, même si elle s’avère par la suite fausse. L’intérêt est d’avoir exploré le potentiel de réflexion, éventuellement pour aller ailleurs. Or, internet n’est pas à l’aise avec ce genre de démarche.

certains réseaux internet valorisent même la valeur de leurs membres au nombre d’ami

Cela ne veut pas dire qu’internet s’oppose à ce genre de pratiques liées au phénomène de la falsification, mais il n’y va pas naturellement, plus occupé qu’il est à produire un message instantané de validation, le résultat d’une réflexion et non une réflexion elle-même. L’erreur n’est pas valorisée par internet comme elle l’est sur d’autres supports.
Comme l’explique Patrick Brunet, directeur du département de communication de l’université d’Ottawa, « le numérique évince l’erreur, la faute, la chute ou bien s’il y a faute, il est possible de l’évincer totalement comme si elle n’avait pas existé. Le papier laisse des traces, l’encre ne s’évapore guère ou si elle le fait, le temps aura été le témoin. Naviguer sur internet, c’est vivre le leurre de la puissances défiant le temps et l’espace ». En somme, ces Nouvelles Technologies ratent le coche d’une certaine pédagogie en omettant de valoriser le rôle formateur de l’erreur.

Le yo-yo entre échange et usage : le combat des valeurs.

Ainsi qu’on l’a déjà expliqué, la valeur fondamentale officielle des NTIC en réseau est actuellement d’abord l’échange. « L’utopie du web, c’est le partage, pas le cartésianisme ». Il est à cet égard intéressant de noter qu’au terme de dialogue, on substitue ici le terme d’interactivité, une vision beaucoup plus mécanique. Ce n’est bien souvent que dans le descriptif de logiciels qu’on entend parler de boîtes de dialogue, caricatures en réalité du dialogue humain.
Tout cela procède de la première volonté de s’extraire des contingences physiques et de la distance. Mais certains réseaux internet valorisent même la valeur de leurs membres au nombre d’amis, au nombre de relations, au nombre de fans, autant de pourvoyeurs possibles d’échanges.

Cette vision néglige en fait que cet échange n’est en réalité motivé à l’origine que par la transmission de données utiles. La valeur d’usage a donc par la suite en grande partie disparu au profit du concept du réseau. Les deux valeurs ne sont certes pas antagonistes. Mais la récente prééminence de la valeur d’échange n’est pas anodine. On peut la voir comme le moyen de justifier le réseau pour le réseau, un peu comme une société s’auto justifie.
L’exemple des sites qui affichent le nombre de visites ou de téléchargements participe de cette ambivalence entre valeur d’échange et valeur d’usage. Est-ce un bon site parce que beaucoup d’internautes y ont échangé, atterri ou parce qu’ils y ont puisé des informations ? C’est comme le vu à la télé… On ne sait pas mais l’air de déjà vu rassure. Tant de personnes ne peuvent tout de même pas se tromper…

Philippe de Casabianca

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