Va-t-on vers une paupérisation du niveau de langue (des générations à venir) ?

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Une discussion lancée sur ce blog More than Words « La langue française : facteur d’intégration mais aussi d’exclusion » s’est poursuivie sur Viadeo. Plusieurs propos d’une consœur (correctrice) m’ont interloquée et servent dans ce billet de point d’ancrage.

Ils m’ont amenée à cette question : « Va-ton vers une paupérisation du niveau de langue des générations à venir, si tant est des générations actuelles ? 

J’évoquais dans cet article que l’orthographe passait au second plan. Certes, et je le rappelle, la manière dont les gens et plus particulièrement les jeunes appréhendent l’écrit a bien changé : SMS, tweets, qui induit une abréviation, une écriture phonétique, le fait d’être dans le flux.

L’anglais est omniprésent, celui du marketing, des médias, de la publicité.

Peut-on mettre en cause seuls les SMS, tweets, ces échanges épistolaires, les jeux vidéo, émissions télévisées de téléréalité aux dialogues minimalistes que dévorent des millions de téléspectateurs au lieu d’être passionnés par les livres ?

Ces petits bijoux, tablettes, iPod, Ipad que nous avons entre les mains nous volent toute notre attention, notre temps disponible. Sont-ils les seuls responsables ?

France… ton français « fout le camp »

Un article du Parisien « Pourquoi notre langue est-elle aussi malmenée ?  fait état d’un constat sans appel :

Dans les classements internationaux, en lecture, nos élèves sont en dessous de la moyenne si on les compare à leurs camarades étrangers. En dictée, le verdict est sans appel : un petit texte proposé par le ministère de l’Éducation auprès des CM2 a montré que le nombre de fautes était passé de 10,7 en 1987, à 14,7 en 2007 dans les mêmes écoles. Plus inquiétant, 46 % des élèves ont totalisé plus de 15 erreurs en 2007, contre 26 % vingt ans plus tard.

En 2009, un rapport de l’institut Montaigne rappelait que 15 % des élèves arrivent en 6e sans savoir bien lire. Et les enfants d’employés, d’ouvriers et d’inactifs seraient majoritairement touchés. L’écart moyen des performances entre fils de cadres et fils d’ouvriers s’accroît du CE2 à la 6e.

D’après un article du Parisien de janvier 2009, ce constat est tout aussi valable pour les élèves des classes supérieures. Une dictée a été soumise par des enseignants du collectif ‘Sauvez les lettres’ à des lycéens de seconde en banlieue, centre-ville, province à la rentrée 2008. Ces dits lycéens ont été évalués sur le même barème que leurs ancêtres en 1976. Deux tiers de ces élèves ont eu zéro à cette dictée. Un lycéen sur deux ne reconnaîtrait toujours pas un COD (complément d’objet direct).

 

À qui la faute ?

Nos chères têtes blondes auraient-elles perdu quelques facultés cognitives par rapport aux ados d’autrefois ?

L’Éducation nationale est-elle complice de ce nivellement vers le bas ? Fallait-il en arriver là pour avoir ou conserver de bons taux de réussite au baccalauréat, et donc se résoudre à abaisser les niveaux si tant est que les enseignants de guerre lasse auraient fini par baisser les bras et n’ont plus sanctionné les fautes dans les copies ?

Trop facile comme prétexte ! J’entends d’ici les enseignants me dirent : « C’est toujours de notre faute ! Trop facile de nous taper dessus, de nous incriminer ». Avant de s’en prendre à ceux qui nous délivrent un enseignement, la faute ne serait-elle pas aux programmes ?

Les outils et dispositifs pédagogiques sont-ils inadaptés, mal utilisés, inappropriés désormais pour nos générations textos et Facebook ?

Tiré de ce même article du Parisien, selon le collectif Sauver les lettres, un élève a perdu en quarante ans 800 heures de français entre le CP et la 3e.

Faut-il revenir aux « fondamentaux », avec plus de dictées et de règles de grammaire à connaître par cœur ?

Bernard Fripiat, auteur de plusieurs ouvrages sur l’orthographe explique que les fautes d’inattention des nouvelles générations seraient tout simplement dues au fait de vouloir aller vite, de ne pas vérifier. Et l’un des premiers conseils (voir l’article « les 5 conseils en orthographe…« ) que l’on puisse donner est effectivement tout bonnement de se relire. Cette phase permettrait d’éliminer quelques coquilles.

Qu’ils le veuillent ou non, les étudiants ne vont pas avoir d’autre choix que de se réconcilier avec la langue de Molière. À l’École supérieure de commerce de Pau, les apprentis commerciaux doivent réussir au cours de leur cursus un questionnaire à choix multiple (QCM) de grammaire et de vocabulaire. À celle de Grenoble, la dictée de Pivot revient à la mode. À l’École centrale d’électronique de Paris, un concours de dictée interécoles est organisé depuis deux ans à destination des futurs ingénieurs de notre pays. À l’école d’informatique In Tech Info, un coach en orthographe transmet des astuces mnémotechniques. Ces procédés paraissent logiques. Dans les processus d’embauche, les entreprises évaluent désormais les compétences orthographiques des candidats, pour éviter de recruter des gens qui seraient incapables de rédiger un rapport ou email dans un français correct. Est-ce que ce sera suffisant ?

Vers un modèle à deux vitesses ?

L’orthographe serait-elle devenue une pratique d’élite, et par là même un handicap social pour ceux qui ne maîtriseraient pas, mal ou insuffisamment notre langue et ne pourront plus accéder à un certain nombre d’emplois ? Cette défaillance devient une barrière à l’embauche, un frein aux évolutions de carrière. La langue française serait alors un facteur d’exclusion (http://www.morethanwords.fr/2011/06/la-langue-francaise-facteur-dintegration-mais-aussi-dexclusion/ ).

Je rapprocherais ce propos du constat que Bernard Poulet dresse sur la révolution qui a eu lieu dans la presse écrite. Il s’interroge si notre société ne se dirigerait pas « vers une société où il y aura une élite, une minorité de gens qui continueront à lire, à étudier les œuvres et les classiques, et l’immense masse de gens qui surferont, prendront des extraits, ou ignoreront purement et simplement les œuvres classiques ? […] Une information riche pour les riches, une information pauvre pour les pauvres. Le gratuit d’un côté, et l’information de plus en plus payante de l’autre ».

Ma consœur correctrice dont j’ai parlé plus haut se questionnait sur le fait que de tenir en laisse un peuple inculte et de l’abreuver de verbiage qu’il n’est pas en mesure de comprendre pour sans doute l’amener à voter comme l’on souhaite qu’il vote et à accepter ce que l’on veut lui faire accepter, de savoir à qui profite le crime ?

Ne serait-ce pas un moyen pour ceux qui feraient partie de l’élite, qui sont dans les hautes sphères, qui prétendent parler bien, écrire bien, qui sont les champions de la langue de bois, qui emploient des formules qui sonnent bien, qui font mouche, de mieux berner leur auditoire ou de faire mieux avaler la couleuvre par cet auditoire et/ou de s’assurer un minimum d’adhésion à leur pensée ?

Le mécanisme et le déchiffrage de leurs discours paraissent sans nul doute plus aisés par ceux qui maîtrisent d’autant mieux les subtilités de notre bonne langue française.

 

Florence Augustine

 

Florence Augustine

Depuis 2004, je suis correctrice et rédactrice de débats, spécialisée dans la gestion de la qualité des écrits et la couverture écrite de manifestations. A cet égard, je collabore avec des cabinets de conseil en lobbying, agences de communication et de relations presse, éditeurs, associations, fondations, des comités d’entreprise sur la France entière. Au quotidien, je suis confrontée à la non-maîtrise des difficultés de la langue française, du moins aux bases du français. A cet effet, je propose désormais des formations collectives en entreprise, ou individualisées, pour tous ceux qui souhaitent, dans une démarche professionnelle, approfondir ou renforcer leurs connaissances, pour acquérir une plus grande autonomie au niveau de l’expression écrite.

10 Comments
  1. Bonjour,

    Merci Denis pour ton commentaire très parlant. Je fais en effet partie des personnes qui se méfient systématiquement d’offres reçues de professionnels, tous corps de métiers confondus, jonchées de coquilles. Cela n’inspire pas confiance. On pourrait pourtant être indulgent vis-à-vis de ces professionnels, en pensant que finalement, comme toi ou moi, l’écrit n’est pas leur coeur de métier. Toutefois, un mail, un courrier exempt de fautes va, désormais, retenir d’autant plus notre attention. Et cela devient comme le dit Sophie, de plus en plus, une exception. C’est un capital à faire fructifier, pour certains, à développer pour d’autres.
    Merci beaucoup Philippe de votre recommandation de lecture « La fabrique du crétin ».

  2. De bien tristes constatations en effet, d’un état de « délabrement linguistique » où nous sommes arrivés… progressivement, presque en douceur. La situation n’en demeure pas moins accablante. Une maîtrise correcte de la langue, aussi bien à l’écrit qu’à l’oral, reste un outil précieux pour l’avenir. L’approximation et les erreurs deviennent si fréquentes qu’un texte sans faute interpelle, attire l’oeil, comme une douce exception.

    Dans l’environnement professionnel, la vie sociale et même la vie privée, une maîtrise (et donc une aisance) de sa langue maternelle est un atout. A développer chez les plus jeunes, à entretenir chez les adultes… Un « capital » à faire fructifier tout au long de sa vie, par la lecture, l’écriture, l’ouverture d’esprit aux autres, cette « hygiène de l’âme » qu’évoque avec pertinence Denis. Parents d’aujourd’hui, nous construisons avec nos enfants la France de demain… Puissions-nous restaurer par nos actions – modestes mais nombreuses – le rayonnement de notre Nation !

  3. L’orthographe, la grammaire… c’est pas vraiment la priorité des collégiens et des lycéens actuels. On se demande où l’on va et on se fait même peur à imaginer des lettres de motivations ou des écrits au format SMS ! On a du soucis à se faire pour les années à venir.

  4. J’ai appris à me méfier des professionnels qui font trop de fautes d’orthographe, de grammaire et de syntaxe.

    Si vous entrez dans une boulangerie et si la personne qui vous sert votre baguette a les mains sales, est-ce que cela ne vous gêne pas ?

    Même chose si vous allez chez le dentiste. Ou suis-je le seul à penser de cette façon ?

    Personnellement, il y a des chances que je change de boulangerie et de dentiste. Même si le pain est bon et même le dentiste fait des plombages comme personne ! Un minimum d’hygiène du corps est indispensable.

    Lorsqu’on prend contact avec une entreprise pour installer un chauffage, une cuisine ou changez le pot d’échappement de la voiture, on peut dans ce cas tolérer les mains sales. C’est inhérent au type de l’activité.

    En revanche, si cette personne m’envoie un devis avec des fautes, un email sans ponctuation, un sms fait de sigles, alors je vais commencer à douter et à me méfier sérieusement.

    – D’abord parce que j’ai peur d’avoir un problème de communication avec lui et de ne pas avoir compris le sens de sa phrase et donc de ses propositions. Ca peut se révéler très gênant. Vous lui demandez un système de chauffage au sol avec une pompe à chaleur et il vous installe bien un chauffage au sol mais directement branché sur l’électricité. La différence se fera bien ressentir sur vos factures EDF !

    S’il fait des fautes avec des lettres pourquoi ne se tromperait-il pas avec l’ordre des chiffres ?

    Incompréhension due à l’incapacité à construire convenablement une phrase.

    – Ensuite, car ce professionnel est conscient de ces lacunes, il n’a pas la présence d’esprit d’engager une secrétaire par exemple.

    – Enfin, un minimum d’hygiène de l’âme, ça ne fait de mal à personne !

    Alors, je change de chauffagiste et de cuisiniste, comme je change de dentiste et de boulanger.

    Si à chaque fois un client s’en va, un beau jour, il n’y aura plus personne et le professionnel commencera à s’interroger. Et il doit alors espérer de ce poser les bonnes questions.
    Méfiez-vous des directeurs et des spécialistes qui font trop de fautes !(Ce sont eux qui méritent de devenir plus pauvres, CQFD)

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