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Avec les nouvelles technologies, l’on pourrait facilement prétendre que les jeunes générations pourraient bien avoir perdu le goût de la lecture et de l’écriture. Pas si sûr.
Internet et les nouvelles technologies viennent modifier la façon d’appréhender la lecture et l’écriture. Pour autant peut-on accuser qu’Internet les NTIC, ces vecteurs d’information et de communication soient source de désaffection pour la lecture et l’écriture ?

Le mensuel Books qui titrait « Internet rend-il encore plus bête ? » s’est penché justement sur l’effet de la Toile sur nos comportements. Dans son édito, Olivier Postel-Vinay met en avant le livre d’une journaliste américaine, Maggie Jackson, qui démontre que « nous sommes passés à un mode de distraction permanente, qui se traduit par une baisse des facultés d’attention, de concentration, de profondeur dans la réflexion et les relations humaines ». De fait, sur le Web, l’internaute surfe d’un site à un autre, piochant par-ci par-là des bribes d’informations, zappant d’une idée à une autre. « Nous avons tendance à aller de plus en plus vite, et donc à consacrer moins de temps sur un seul sujet, sur un long article, sans parler des livres », souligne encore Bernard Poulet. La lecture se fait sur le mode du zapping. « De plus en plus de personnes lisent des extraits d’œuvres », précise Chantal Horellou-Lafarge, chercheur au CNRS et coauteur avec Monique Segré de la Sociologie de la lecture (La Découverte). « La lecture, ajoute-t-elle, devient alors utilitaire. » Et les jeunes, malheureusement, oublient de plus en plus le fait que lire peut procurer du plaisir.

Un genre littéraire remis au goût du jour

On lisait beaucoup de BD dans notre enfance

Beaucoup d’enfants de mon époque lisaient des BD. Ce genre de littérature est envisagé à l’heure actuelle comme une forme de communication drôle, efficace, ciblée pouvant se décliner en illustrations, mascottes, strip, planches de BD, affiches…

Une forme de communication à laquelle de plus en plus d’entreprises adhèrent, que les agences de communication emploient pour leurs clients afin de faire passer leur message.

TNS Sofres révèle, dans une étude réalisée pour La Croix en mars 2009, que si les lecteurs représentent près de 69 % de la population française, ils lisent moins. En 1981, ils étaient 42 % à déclarer lire plus de cinq livres par an, aujourd’hui, ils ne sont plus que 35 %. Quant aux gros lecteurs lisant plus de 20 livres dans l’année, ils sont tombés de 14 % en 1981 à 10 % en 2009, au profit des petits lecteurs : 34 % lisent entre un et cinq livres. Et il en va de même pour la presse écrite. « On constate une baisse de lecture des journaux. Un phénomène qui existait avant même les nouvelles technologies et qui a été renforcé avec la pénétration rapide des instruments digitaux », observe Bernard Poulet. Dans son ouvrage, il montre ainsi le désintérêt croissant des jeunes lecteurs, et, dans une moindre mesure, des moins jeunes, pour « la chose imprimée » : « 59 % des Français de plus de 15 ans lisaient un quotidien en 1967, alors qu’en 2005 il n’y en avait plus que 34 %. Et près de 43 % des lecteurs de la presse quotidienne nationale ont plus de 50 ans ».

Bernard Poulet attribuerait cette limitation de temps disponible pour la lecture au fait que nous sommes sursollicités, que notre attention en a été diminuée, dispersée.

Un rapport à l’écrit et à la lecture en plein bouleversement

Pour autant, dans un dossier du Marketing Magazine n° 134 « L’écrit, une espèce en voie de disparition ? », Marie-Claude Penloup, maître de conférences en sciences du langage et de la communication à l’université de Rouen, estime même que « tout ce qui serait de l’ordre d’une diminution ou d’une fin d’une société de l’écrit serait une erreur absolue ». Pour elle, c’est tout l’inverse qui se produit : « Tous les indicateurs nous montrent que l’écrit reste extrêmement important, y compris pour la jeune génération. Internet a nettement amplifié toutes les activités de lecture et d’écriture que pouvaient avoir un enfant ou un adolescent ». C’est en revanche la nature de ce qui est lu et les supports qui ont changé, et non le fait de lire en lui-même. Car nous sommes, insiste-t-elle, « dans un monde totalement immergé dans l’écrit ».

En France, on compte ainsi 9 millions de blogs, dont 2,5 millions de blogs actifs.

Bernard Poulet concède que le rapport à l’écrit n’a pas disparu, puisque « pour l’instant, l’essentiel des nouvelles formes de communication passe par du texte ». Reste qu’aujourd’hui la lecture des grands classiques diminue nettement. Il observe ainsi « l’existence de nombreuses lectures et de nombreux textes, mais peut-être un peu lapidaires, parfois peu respectueux de la syntaxe et de l’orthographe ».

Des sources d’inspiration à explorer

Et si justement, par le biais de ces fameux petits bijoux que nous avons entre les mains, ces NTIC ces nouvelles (qui ne le sont plus réellement) techniques et technologies d’information et de communication avec lesquelles nous sommes bercées étaient à même d’être un vecteur pour redonner le goût de la lecture et de l’écrit ?

NTIC nouvelles technologies d’INFORMATION et de COMMUNICATION. N’est-ce pas là leur rôle ?

L’initiative d’Annie Côté, professeur de français au Québec, précédemment évoquée dans un billet (lire l’article « La langue française : est-il possible de la réformer ? »), n’est pas si folle, pour attiser l’intérêt de ses élèves.

Valérie Lévy-Soussan, directrice de collection d’Audio-lib, explique que les Américains sont très friands des livres audio. Parcourant souvent de longues distances en voiture, ils apprécient d’y écouter des livres qu’ils n’auraient pas le temps de lire autrement. En France le marché est plus naissant.

Dominique qui tient le Blog du freelance, destiné à tous les travailleurs indépendants que je suis sur Twitter, proposait récemment pour gagner du temps, de lire des MP3. Sa suggestion m’avait laissée dans un premier temps perplexe. On ne pouvait pas ressentir les mêmes sensations que d’avoir un livre dans les mains. Pouf, Florence tu es bourrée de préjugés, pensais-je ! Les amoureux du livre papier vont sûrement m’objecter que justement l’intérêt est de prendre du temps pour lire, entre autres un livre. Certes.

Mais si écouter un livre pouvait rendre service, redonner le goût de la lecture ?

Sans vouloir réserver la lecture de livre « classique » papier à des érudits, à une caste qui seule verrait un intérêt à la chose imprimée, essayer par ces biais de séduire les générations actuelles et à venir. S’en servir pour leur faire découvrir la magie des mots.

Florence Augustine

Cet article est le quatrième volet d’une série d’articles sur le web et la langue française.

1- Va-t-on vers une paupérisation du niveau de langue (des générations à venir) ?

2- Faut-il réformer la langue française ?

3- Faut-il bien écrire pour se faire comprendre ? 

« Pour tous les freelances et salariés qui sentent que leur niveau de #français flanche un peu, pour ceux qui cherchent à s’exprimer dans un français correct et qui souhaitent améliorer leur pratique en révisant les bases de la langue, Florence organise des formations. Plus de détails sur son site « au bonheur des mots« .

 


Florence Augustine

Depuis 2004, je suis correctrice et rédactrice de débats, spécialisée dans la gestion de la qualité des écrits et la couverture écrite de manifestations. A cet égard, je collabore avec des cabinets de conseil en lobbying, agences de communication et de relations presse, éditeurs, associations, fondations, des comités d’entreprise sur la France entière. Au quotidien, je suis confrontée à la non-maîtrise des difficultés de la langue française, du moins aux bases du français. A cet effet, je propose désormais des formations collectives en entreprise, ou individualisées, pour tous ceux qui souhaitent, dans une démarche professionnelle, approfondir ou renforcer leurs connaissances, pour acquérir une plus grande autonomie au niveau de l’expression écrite.

4 commentaires

Claire · 29 septembre 2014 à 15 h 55 min

Les blogs et tweets/sms sont des manières différentes d’écrire et d’être lues. Pour ma part, j’ai lu récemment un article de qualité sur le thème des réseaux sociaux. Cet article était bourré de fautes d’orthographe, et de ponctuation. Ce qui est bien dommage. On m’a répondu que les auteurs de cet article sont des spécialistes des réseaux sociaux et pas des écrivains.
Certes, je fais moi-même des erreurs quand j’écris. Mais sur un blog, je prends le soin d’écrire mon article à la main (sur un carnet) puis je recopie sur l’ordinateur. C’est le meilleur moyen que j’ai trouvé pour pouvoir corriger les coquilles qui traîneraient ici ou là.

Quant aux sms, j’essaie d’écrire sans abréviation, sauf pour le mot « rendez-vous » que j’écris RDV.
Merci pour cet article! 😉

Rédacteur pluriel · 3 novembre 2011 à 11 h 14 min

Billet très intéressant, merci! Pas évident de donner une réponse au titre… J’aurais tendance à dire qu’il faudrait éviter de mettre dans le même panier les blogs (en tout cas ceux publiant des billets de qualité approfondis par des liens), qui pourraient encourager à lire davantage, et la plupart des SMS/tweets, plutôt source de désaffection. Et pas sûr que romans et essais soient destinés à disparaître. Par le biais des liseuses électroniques (ou MP3, pourquoi pas…), les jeunes générations pourraient justement retrouver goût à ce genre de lecture (quoi qu’en pense Beigbeder 😉 )

Les mots sont-ils maltraités sur les réseaux sociaux et ailleurs ? · 10 septembre 2015 à 22 h 43 min

[…] – Blogs, Tweets & SMS sont-ils une source de désaffection ou d’inspiration pour la lecture et l… de Florence Augustine […]

Blogs et SMS incitent-ils à la lecture et à l'écriture ? | MoreThan Words | Social Media, webmarketing & web 2.0 | Scoop.it · 2 novembre 2011 à 19 h 50 min

[…] Blogs et SMS incitent-ils à la lecture et à l'écriture ? | MoreThan Words On pourrait facilement prétendre que les jeunes générations pourraient avoir perdu le goût de la lecture et de l'écriture. Pas si sûr. L'article de Florence Augustine. Source: http://www.morethanwords.fr […]

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