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Les premiers seront les derniers ! La France attend encore l’ouverture de son premier HUB, un lieu convivial et de partage qui existe partout dans le monde ou presque ! 25 à 0, on dirait le score d’un match de rugby ! Mais la France marquera bientôt son premier point. C’est Simon Crann (1) qui nous l’a annoncé lors du TEDx de Nice. Interview.

Il n’y a pas que Montpellier sur le web ! D’autres villes sont prêtes à relever le défi pour égaler, voire dépasser, le dynamisme de nos amis du Languedoc. Au premier rang, on trouve Nice qui vient d’organiser le premier TEDx de la Côte d’Azur. Et ce n’est pas fini. Lors de ce même TEDx, on a appris que le premier «THE HUB» en France devrait ouvrir ses portes à… Nice ! (lire aussi notre article : The Hub, quand le design s’inspire du web !) Cet ambitieux projet a été présenté par Simon Crann avec une ironie à la fois anglaise et socratique.

Personne n’est mieux placé que Simon pour vous expliquer The Hub. Car pour comprendre le sens d’un projet, le récit d’une vie vaut souvent tous les discours du monde.

Il a bien voulu répondre à nos questions. C’est l’occasion de revivre ou de découvrir l’une des conférences qui a marqué ce TEDx.

– Bonjour Simon, j’ai suivi avec intérêt le récit de ton enfance samedi lors de ta conférence. J’avais commencé à écrire un article sur les différences qui provoquent l’injustice ! (La civilisation numérique est l’avenir de la nature humaine !)

Pourrais-tu, comme tu l’as fait dans la conférence, reprendre ton récit et me raconter ton arrivée en France et ton expérience à l’école ? Sur quelles différences se focalisaient les autres enfants ? Et comment cette situation, ces injustices se sont finalement transformées en revanche ou en tremplin dans tes projets et ta vie professionnelle ? Dans le monde vinicole, dans le bénévolat et aujourd’hui pour The Hub.

Simon Crann au TEDx, Nice

– Salut Denis, je ne vais pas m’attarder trop longtemps sur mon propre sujet. Nous avons chacun un passé et d’autres sont bien plus passionnants que le mien !

Cela dit, il me semblait important de donner un aperçu de qui je suis et d’où je viens pour mieux expliquer aux interlocuteurs mes motivations d’aujourd’hui.

Très rapidement, donc, je suis né en Angleterre. A l’âge de dix ans, mes parents, qui connaissaient des difficultés au sein de leur couple, on décidait de renoncer à leur vie plutôt matérialiste et se consacrer à leur mariage. Ils ont compris qu’il leur fallait un nouveau départ et ont quitté l’Angleterre pour le sud de la France – une région qu’on connaissait déjà bien puisqu’on y passait souvent nos vacances d’été. En lisant déjà entre les lignes, vous voyez déjà dans quel contexte j’ai pu grandir – rempli d’amour, de respect et de courage ! En revanche, pour un enfant de dix ans, ce n’est pas forcément comme ça qu’on voit les choses. J’ai dû laisser derrière moi mes deux grands frères qui partaient à l’université, mon grand-père, mes amis, et finalement (même si ça n’a vraiment plus d’importance aujourd’hui) mon pays natal. La plus grande tragédie dans tout ça, c’est que j’ai du laissé ma copine ! Vous imaginez ? A dix ans ? C’était vraiment la fin du monde !

Ouverture d’esprit

Plus sérieusement, c’était la première fois que je goutais réellement à l’injustice. Je n’avais aucun contrôle, aucun choix. C’était un moment douloureux pour nous tous.

Arrivé en France, j’ai commencé l’école et les premiers mois ont été difficiles – c’est tout à fait logique ! Nouvelle école, nouvelle langue !

Des enfants me charriaient et je ne comprenais rien, ni pourquoi. Cependant, ce qui m’arrivait était négligeable par rapport à ce qui arrivait à certains autres enfants à cause de leur couleur de peau, leur accent, leur taille, leurs habits… J’ai rapidement compris : quand on est différent, on devient vite une cible !

Ces premières expériences m’ont ouvert aux injustices dans le monde.

Je tiens quand même à souligner que je n’ai, en aucun cas, vécu une enfance malheureuse. Bien au contraire, je me sens très chanceux. J’ai une vision positive et ouverte de la vie, je suis très proche de ma famille, nous n’avons aucun tabou, et en plus de ça, j’ai la chance d’être bilingue ! Les langues, comme la musique, l’art et le sport, aident à faire tomber les murs et les obstacles que nous créons systématiquement.

J’ai toujours eu tendance à défendre l‘indéfendable – et je précise, quand je dis « l’indéfendable », c’est dans le contexte d’une discussion où la majorité des personnes ont des préjugés sur quelqu’un, un groupe de personnes, une chose, un fait, sans que ce dernier (ou cette dernière) ne soit présent(e) pour répondre ou que l’on ne lui donne pas la parole. A quoi cela sert de revendiquer une hypothèse sans l’ouvrir à une confrontation verbale et intelligente ?

La créativité s’épanouit dans l’ouverture de l’esprit et non dans la dictature des pensées bornées. Vous allez sûrement me demander pourquoi je suis comme ça, mais je vous devance… Je n’en sais rien ! Ma meilleure explication est que c’est tout simplement « ancré » en moi.

Bref !

Après l’université, j’ai fait comme la société me l’a demandé, j’ai débuté une carrière en tant que directeur adjoint d’entreprise – plus précisément, d’une exploitation vinicole. Vous imaginez bien, à longueur de journée entre vignes et oliviers à partager le savoir-faire avec les clients et leur faire déguster nos bons vins, c’était une période très difficile ! (Ndlr : English humor)

Non, sérieusement, le travail de rêve, je ne vous le cache pas ! Et pendant quelques temps, je l’ai vraiment senti comme ça. Cependant, peu à peu, je sentais que je passais à côté de quelque chose. Qu’il existait toujours ces injustices dans le monde, même ici dans la région, des besoins pas ou peu couverts par la société, et que toute cette énergie que je consacrais à cette entreprise n’y répondait pas.

J’étais devenu malheureux.

Au service des autres

Alors j’ai décidé de changer de carrière en commençant par plonger dans le milieu du bénévolat.

Plusieurs initiatives m’ont rapidement interpellé. Tout d’abord, France Cancer 06, une initiative locale qui collecte les bouchons de liège, les revend à cette même industrie (qui par la suite, les recycle en isolation, en tableaux en liège…) et qui reverse la totalité des gains aux laboratoires de recherche contre le cancer sur Nice.

Ensuite The World Peace Festival/World Peace Partnership, une initiative internationale qui cherche à centrer les initiatives de paix dans le monde en un seul point de diffusion afin de mieux les répertorier et mieux guider les volontaires vers les initiatives qui existent autour d’eux (géographiquement).

Et plus récemment, Eco Crew, une initiative qui récupère toutes les affaires de l’industrie des super yachts (des affaires dont ils n’ont plus l’utilité mais qui sont, en règle général en très bon état) afin de les redistribuer aux communautés qui en ont le plus besoin.

The Hub, Milano

En travaillant dans ce milieu où les projets ont un réel sens humain, j’ai découvert une vraie volonté de faire plus mais il me fallait encore trouver le lien entre la sécurité que vous apporte une carrière traditionnelle et l’importance et la joie de faire parti de ces projets à bons sens pour en vivre.

Cela me frustrait énormément ! J’avais toutes ces idées, tous ces projets qui tournaient dans ma tête, mais je ne trouvais aucune communauté avec qui les développer, personne avec qui les partager, aucun endroit où les mettre en place.

The Hub

Après des mois de doute et de remise en question, une amie m’envoie un lien, une idée qui est rapidement devenue la solution dépassant toute mes attentes : un concept déjà répandu dans le monde entier et qui ne cesse de se développer ! Ce concept est la communauté des Hubs.

Des lieux d’inspiration et convivial, avec une équipe qui accueille chaleureusement chaque personne et chaque idée, qui encourage la collaboration afin de réaliser des initiatives à bons sens et qui attire le vivier de talents autour de valeurs humaines ; des lieux spacieux, remplis de lumière naturelle, qui respectent l’environnement, ouverts, innovants et dynamiques !

Il en existe plus de 25 dans le monde entier à ce jour : l’Angleterre en possède 4, l’Italie 5 (!), la Suisse 2, Les Pays-Bas 2, les Etats-Unis 4, l’Afrique du Sud 2, et il y en a un en Belgique, au Brésil, en Australie, en Espagne – 1, en Suède, en Autriche, en Finlande, à Dubai, au Canada, mais en France 0 ! Il n’existe pas ENCORE de Hubs en France !

Aujourd’hui, nous créons ensemble cette communauté ici sur Nice et le premier Hub en France ! Nous sommes quatre co-fondateurs (Deborah D’Alessandro, Andrew Prior, Sylvain Theveniaud et moi) entourés d’une équipe d’individus passionnants et enthousiastes et cette communauté s’agrandit de jour en jour ! Nous nous centrons sur l’importance du partage, la collaboration sur des projets innovants et à bon sens et surtout sur les valeurs humaines. Le message de notre Hub est clair : la diversité n’est pas une menace, c’est notre force !

– Simon, comment faire passer le message que la diversité n’est pas une menace mais une force ? Moi, j’explique ça de la façon suivante : Chacun d’entre nous est unique. C’est une phrase riche de sens. Similaire parfois, mais bien plus profonde, à une autre idée : nous sommes tous différents. Car, au lieu de mettre l’accent sur ce qui pourrait nous diviser, elle met en valeur ce que nous sommes, ce que nous aimons, ce qui nous fait vivre, ce qui nous rend heureux et elle répond au précepte de Socrate : « Connais-toi toi-même ! ». (extrait de La civilisation numérique est l’avenir de la nature humaine !)

Est-ce que cela t’inspire ? Qu’en penses-tu ?

– Oui Denis, cela m’inspire beaucoup ! Il faut reconnaître que nous avons rarement le temps de nous arrêter pour absorber ce qui se passe réellement autour de nous et de faire le point sur nous-mêmes. Pourtant, je suis de l’avis que, pour chacun, cela peut faire le plus grand des biens. D’ailleurs, je viens de vous en donner l’exemple !

Etre heureux

Faire le point ou se remettre en question, ne doit pas forcément être interprété comme un geste faible ou négatif, comme parfois je l’entends, mais plutôt comme une opportunité de prendre le temps de se poser les « bonnes questions », telles que « est-ce que je suis heureux ? »

Personnellement, cette question est fondamentale ; non pas du point de vue égocentrique, mais sachant que lorsque nous sommes heureux dans notre propre vie, nous dégageons naturellement un optimisme ou une joie de vivre qu’apprécie amplement plus notre entourage que si on se plaignait tout le temps… et si nous regardions cela sous un autre angle, si je ne me cesse de me plaindre, c’est que je ne dois pas être très heureux dans ma vie et qu’il est temps de me poser quelques « bonnes questions ».

Bien entendu, « suis-je heureux ? » n’est pas l’unique question que nous pouvons nous poser quand nous cherchons à mieux nous connaître, c’est tout simplement un exemple qui m’a beaucoup aidé à avancer dans ma vie récemment.

Pour revenir à la première partie de ta question, « Comment faire passer le message que la diversité n’est pas une menace mais une force », à mon humble opinion, c’est en montrant l’exemple.

En montrant l’exemple ! Discuter sur des sujets concernant la diversité apportent quelque chose à quelques-uns d’entre nous, mais cela à plutôt tendance à échouer face aux vraies personnes, celles ayant des opinions préconçues. Et pourtant, c’est bien ces personnes que nous souhaitons convaincre. Alors, nous allons créer des espaces pour les communautés et AVEC les communautés afin de partager et de collaborer sur des projets à valeurs humaines. De nouveaux organismes, de nouvelles institutions et de nouvelles entreprises à responsabilité sociale et sociétale vont naître et démontrerons  que de tels préjugés (qui sont, si tu me le permets, la définition même de la bêtise humaine) n’ont pas lieu d’exister.

La transparence de la chaise Marie du designer Philippe Starck

Tu sais, si nous étions si différents les uns des autres, le terme « cosmopolitisme » n’aurait aucun sens. En sens inverse, si nous étions identiques, nous nous ennuierions et chercherions sans cesse à nous départager. Nous pouvons tous nous rapprocher sur certains points communs, qu’ils soient abstraits ou concrets, tout en gardant une réelle identité. C’est cela, la force de la diversité ! »

– Enfin, imagine The Hub et l’aménagement de l’espace. Si tu avais à installer un objet qui soit le symbole de la diversité, quel serait-il ? Si ça peut t’aider, je veux bien te donner ma réponse.

Je suis personnellement attiré par le symbolisme et j’en aurais une abondance d’idées. Cependant, pour te répondre tout simplement, si nous devions installer un objet qui soit le symbole de la diversité au sein du Hub Nice, je souhaiterais que cela soit quelque chose crée par notre communauté à leur goût partagé et non au mien.

– Voici ma réponse Simon, en guise de conclusion. Pour moi, l’objet qui est le symbole de la diversité, c’est la chaise !

C’est certainement l’objet le plus partagé dans le monde, tout le monde peut s’assoir sur une chaise, le plus produit, le plus utile, pratique et fonctionnel, on s’assoit pour manger, pour discuter, pour écouter une conférence, pour regarder un film, pour naviguer sur  les réseaux, pour écrire, etc., le plus imaginatif aussi, tous les designers ont inventé leur(s) chaise(s), il y en a donc de toutes les formes et de toutes les couleurs. Je suis sûr que dans le futur HUB niçois, il y aura des chaises, que chacun d’entre nous pourra trouver la sienne et qu’il se lèvera courtoisement pour laisser sa place à quelqu’un d’autre.

Propos recueillis par Denis Gentile

(1) Simon est l’un des 4 fondateurs de ce projet avec Deborah D’Alessandro, Andrew Prior et Sylvain Theveniaud. Nous aurons certainement l’opportunité de consacrer d’autres articles sur ce sujet et de vous les présenter. C’est important car le principe même du HUB est la mise en commun de ressources pour réaliser quelque chose ensemble.

En relation avec cet article :
– Sur Facebook, le HUB PROJECT NICE
– Sur More Than Words, The Hub, quand le design s’inspire du web ! (Quand ouvrira le premier Hub en France ?)
La civilisation numérique est l’avenir de la nature humaine ! (Apprendre des autres quelque chose que vous ne saviez pas encore)
Les rencontres, les mots étonnants et les secrets perdus du TEDx de Nice (La Côte d’Azur accueille son premier TEDx !)

Denis Gentile

Je suis un passant. Ici et maintenant, je suis un passant du web. Le Passant est celui qui va d'un lieu à l'autre, d'un sentiment à l'autre, il n'est jamais le même. Je passe d'une page à l'autre, d'un blog à l'autre, d'un message à l'autre. Et ces pages, ces blogs et ces messages, je les passe aux autres passants qui y passent à leur tour :) Plus prosaïquement, je suis un Community Manager, Blogueur & Rédacteur Web. Mais le rôle que je préfère, c'est celui de Digital Storyteller !

3 commentaires

Françoise Dauvergne · 27 mars 2012 à 15 h 57 min

Bonjour,

Je suis particulièrement intéressée par cet article et ce projet de hub pour la simple raison que… j’ai le même projet que je tente de mettre en oeuvre depuis 2 ans !
Nous sommes 2 co-fondatrices et après avoir présenté sans succès notre projet aux collectivités territoriales de notre région (mâconnais-beaujolais et alentours), nous avons créé une association loi 1901 pour pouvoir communiquer « officiellement ».
Notre projet : Source d’e:DD, écosystème de talents : Le réseau des entreprises éco-responsables recherchant la cohérence par l’exemplarité
En réalisant une étude de marché pour ce projet, j’ai trouvé à Paris une organisation similaire au concept du Hub : http://www.la-ruche.net/ dont l’une des fondatrices a séjourné au Hub de Londres… d’où elle a ramené l’idée de départ !
Entrée en contact avec ses dirigeants qui souhaitaient essaimer des ruches sur le territoire français, nous avons étudié cette opportunité… mais les impératifs économiques et notamment l’investissement dans un lieu, ont freiné considérablement le développement de ce projet.
Mais il est toujours bien présent dans nos esprits et nos dossiers…
Ma collègue co-fondatrice, consultante en développement durable, est propriétaire d’un lieu dans lequel elle a déjà réalisé un hébergement touristique responsable :
Une partie de cette maison et ses dépendances pourraient être le lieu de départ de cette communauté mais d’importants travaux sont nécessaires et les financements ne sont pas au rendez-vous !
Vous pouvez transmettre ces infos à Simon, ainsi que mes coordonnées pour une mise en relation : je serai ravie d’échanger avec lui et tous les protagonistes du Hub de Nice !
Bonne journée.

Françoise D.

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