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« L’internet, bombe atomique de ce siècle. C’est par lui que les colères s’allument, ce sera par lui que les volontés triompheront. » Vaste et passionnant, WEBOPATHE est un roman à deux-cent à l’heure, aussi rapide et imprévisible que l’internet lui-même, fou, drôle et noir à la fois, où l’on ne peut reprendre son souffle qu’une fois la dernière phrase avalée. »

Nous avons posé 3 questions à Amélie Broutin. Elle nous a répondu en utilisant des extraits de son roman : WEBOPATHE.

Fanny est une jeune française a priori sans histoires qui vit à Hambourg, où elle travaille comme Community Manager dans une jeune entreprise internet à succès. Elle connaît les ficelles du web 2.0 sur le bout des doigts…Elle les connaît si bien que de fil en aiguille, sa maîtrise des fonctionnements de l’internet et des réseaux sociaux vont faire d’elle une véritable terroriste.

– A quoi ressemble la vie d’un Community Manager français à Hambourg ?

« « Landstraße », ça veut dire « route de campagne » en allemand. Chez nous, il y a le pâté qui est de campagne, chez eux, ce sont les routes.

C’est le petit bout de nature qui trône sur l’écran de mon ordinateur avec son panneau au milieu, auquel je m’accroche quand le web m’entraîne trop loin. Pour ne pas oublier de revenir. Pour ne pas oublier qui je suis, d’où je viens, et me rappeler combien ma situation est devenue absurde.

Quatre ans que je vis, que je travaille, que je bouffe et que je baise en allemand. Je n’ai plus le temps de rien. Je travaille. Sur internet. J’ai quinze mille fans sur Facebook, huit-mille-cinq- cents Followers sur Twitter, et deux millions de « Users » à gérer. Je ne rentre presque plus jamais en France. Je travaille. Tout le temps. Déconnectée, happée, droguée, je suis le maître du vide. Tout le monde me connaît. L’internet, c’est moi. Ou presque. Une pierre de l’édifice web 2.0, une poutre ou un grain de sable, je ne sais pas bien. Ce que je sais, c’est que j’y suis, et bien. Dans les prisons du web. Dans ma vie, il n’y a plus que ça. Mon amoureux, je ne le vois presque plus, et de Hambourg je ne profite plus non plus, puisque quand je rentre le soir, il fait toujours nuit… »

– Et votre famille, vos amis d’enfance ? Restez-vous en contact avec eux, grâce aux emails, à Facebook, à Skype ? Ou c’est plutôt : loin des yeux, loin du coeur ?

« Mes vieux copains d’enfance, je n’en entends presque plus parler. Je ne les appelle pas, je ne leur écris pas. Pas envie d’être sociale le soir quand j’ai posté des sourires et des mots bienveillants à des milliers d’inconnus toute la journée. Au début, on s’est échangé quelques e- mails, j’avais même posé quelques photos d’eux sur l’étagère du salon. Mais maintenant, après mes deux-cent-cinquante e-mails quotidiens, d’où voulez-vous que je sorte l’envie d’en rédiger un pour raisons personnelles? Alors voilà, on y est arrivé au « loin des yeux, loin du cœur », et pour de vrai ! Je regarde tristement cette photo de ma meilleure amie et moi, prise un soir de l’été 2006. Le dernier été avant mon départ. Mine heureuse et grands yeux bleus sous nos boucles brunes. Elle et moi, on se ressemble un peu, c’est les gens qui nous le disent. Sauf qu’elle est petite et moi je suis grande. Sauf qu’elle a grandi en HLM et moi dans une grande maison bourgeoise. Sauf qu’elle ne bouge jamais de chez elle et que moi je suis toujours en vadrouille. Le soir où la photo a été prise, on avait improvisé un barbecue sur la terrasse de la villa de mes parents à Biarritz, après avoir passé une journée mémorable sur la grande plage avec les copains. Ah, comme il me semble loin, ce temps-là…

Aujourd’hui, ce sont des centaines d’amis virtuels qui ont remplacé ma bande de potes du sud-ouest. Et les potes du net, je ne sais pas comment ils font, eux, ils sont toujours là, tout le temps en ligne, ils écrivent à toutes les heures de la nuit, des commentaires à mes articles de blog à 1h21, des messages dans le forum à 4h03, un e-mail à 5h45, une tentative d’échange sur Skype à 6h17. Ce sont des malades ! Ils vont me rendre dingue! Je voudrais tous les supprimer, les faire taire, faire sauter leur ordinateur à coup de TNT, leur connexion internet et leur cerveau débile avec, et essayer de retrouver un peu de normalité dans ma vie.

C’est que je suis doublement déchirée, doublement extraite de ma réalité : je vis dans un pays étranger, je parle toute la journée allemand, et je vis dans un monde virtuel, je converse en permanence avec des internautes qui n’existent pas ! Qui-n-existent-pas ! Car je veux bien croire que brouillard303 vit dans un HLM à Marseille et que Almallo est cuisto en Haute-Savoie, qu’il a une femme, un enfant et aime la photographie, mais : 1/ je m’en fous, 2/ qu’est-ce qui me le prouve? 3/ je m’en fous. Et inversement, ils croient que je les adore, que je suis une perle de bonne humeur et d’énergie, alors qu’en réalité, je les déteste, et que je joue un putain de rôle youpi tralala dont je n’ai que faire. Je surfe sur le vide, je produis une mare géante de mousse à partir de rien, des tonnes de fric, je ne sais pas d’où, car en réalité, il n’y a rien, tout est virtuel… »

– Dans mon édito « L’envie de savoir« , je m’exprimais ainsi sur la qualité des textes sur le web et notamment à propos des fautes d’orthographe :
 » L’un des moteurs du web est la curiosité. Vous allez sur un site parce que vous avez envie de savoir quelque chose. Il est donc un remède à l’ignorance. Mon humble opinion est donc que le web va permettre de sauver la langue française. Les premiers pas sont hésitants, mais peu  à peu les blogueurs vont apprendre à marcher. Les habitués des réseaux sociaux vont apprendre à mieux écrire… » Etes-vous d’accord avec mon analyse ? Et vous, vous faites des fautes d’orthographe en langue française ?

« … les fautes d’orthographe. Maintenant, il faut que je relise deux à trois fois mes e-mails avant de les envoyer, et à chaque fois, j’y retrouve des fautes honteuses. Un «-é » à la place d’un « –er », un «-ais» à la place d’un «-ez», des «s» qui manquent à la pelle. Pas terrible du tout.

Mais je me prends à penser que dans un sens, c’est peut-être ce qui sauve l’internet du naufrage imbécile: l’écrit. Celui qui en maîtrise les secrets peut aller loin, très loin dans la sphère virtuelle, et par voie de conséquence, dans le monde réel. Le web 2.0 a rendu son pouvoir à l’écriture. Une nouvelle élite littéraire est en train de prendre les rênes de l’internet. Savoir écrire, c’est pouvoir convaincre un employeur, des partenaires, et c’est surtout pouvoir séduire des milliers d’internautes – ceux qui lisent votre blog, vos mails, votre site web, vos newsletters, vos articles dans les forums, ou vos commentaires sur différentes plateformes ou magazines en ligne. Chaque internaute ravi, bouleversé par ce qu’il vient de lire s’empresse alors d’aller le raconter à son voisin, son ami virtuel ou réel, et c’est votre karma web qui grandit. Et votre pouvoir avec. Les idées politiques, alliées à la capacité d’écrire et à l’extraordinaire célérité et fluidité de l’information aujourd’hui sont la bombe atomique du XXIème siècle. Avec le web 2.0, il est possible de tout détruire en un clic. Une bombe à neutrons qui me fait sourire de plaisir… »

Plus d’infos sur le blog d’Amélie.

Webopathe est aussi disponible sur Amazon.

Lire aussi l’interview de Denis Gentile sur ce blog : WEBOPATHE : L’interview d’un Community Manager pas comme les autres !

Questions et concept de l’interview : Denis Gentile


Denis Gentile

Je suis un passant. Ici et maintenant, je suis un passant du web. Le Passant est celui qui va d'un lieu à l'autre, d'un sentiment à l'autre, il n'est jamais le même. Je passe d'une page à l'autre, d'un blog à l'autre, d'un message à l'autre. Et ces pages, ces blogs et ces messages, je les passe aux autres passants qui y passent à leur tour :) Plus prosaïquement, je suis un Community Manager, Blogueur & Rédacteur Web. Mais le rôle que je préfère, c'est celui de Digital Storyteller !

7 commentaires

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