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Prion de la vache folle et bactérie E. Coli ne sont pas les seuls à souffler sur les braises de la peur alimentaire. Le bio n’est pas garantie de santé et pourtant il rend les consommateurs réticents face à la présence de produits chimiques dans nos assiettes. Faut-il jeter les fraises tagada et autres dérivés de l’industrie pétrolière ? 

Petite fleur de Yoplait, huile de friture dans les moteurs, le vert est à la mode et n’est pas le monopole de tel ou tel parti politique. Même la direction générale environnement de la Commission Européenne a fait un détournement de logo en arborant le tournesol. Le bio est partout : vous n’y échapperez pas. Voire. Car ce n’est pas ce qu’on peut malheureusement dire aux victimes de l’intoxication alimentaire qui a frappé l’Allemagne en juin dernier. A la base, des graines germées bio…

Intoxication alimentaire

Personne n’est à l’abri. L’intoxication alimentaire véhicule vite la peur et  c’est sans doute en cela d’abord qu’elle est un ingrédient de la communication de crise. Dans un premier temps, ce risque subit joue les raz de marée invisible : on a le sentiment de ne pouvoir y échapper, car il faut bien se nourrir et tant qu’on n’a pas identifié la source, nul, sauf cas d’ascétisme, n’est donc certain de son immunité ou de son invulnérabilité. La circulation accélérée des marchandises et des personnes joue alors le rôle potentiel d’accélérateur de diffusion des risques et des peurs associées.

Ce genre d’angoisse s’apparente à une vive déconvenue. L’histoire de l’humanité a en effet été pilotée aussi par une longue tentative de juguler le risque alimentaire : sécurité de l’approvisionnement, certes, mais sécurité de la consommation surtout. Pendant bien longtemps, cette dernière sécurité a été réservée à certains des plus nantis : ceux qui pouvaient compter sur une alimentation fraîche renouvelée ou sur une alimentation correctement conservée. Ce n’est qu’avec la généralisation de l’électricité que l’on a pu avoir du froid apte à conserver les aliments sans être obligés d’aller chercher de la glace en montagne ou d’utiliser du sel, deux conservateurs imparfaits, fugitifs et pas universels.

La découverte des additifs

Ce progrès de la conservation est allé de pair avec la découverte d’une quantité d’additifs utilisés pour des raisons de coûts, de texture et de couleur ou de santé : la chimie faisait son entrée dans notre assiette de manière industrielle et méthodique sans que l’on s’en rende toujours compte ou que l’on s’en soucie.

C’est une époque révolue. Les produits chimiques sont désormais suspects et, même observés à la loupe, on les appréhende avec méfiance. La montée en puissance des ONG écologistes explique pour partie ce phénomène alimenté également par la vulgarisation scientifique passant par l’école ou les sites internet et les magazines spécialisés. Mais l’industrie chimique a sa part de responsabilité : sou couvert de secret commercial, elle a parfois rechigné à communiquer sur tous les effets de ses produits et ce n’est que sous la contrainte du législateur européen qu’elle doit publier une liste des effets secondaires dans les registres appelés REACH.

Ce débat va au-delà des questions alimentaires mais ces dernières le cristallisent. Le souci d’une alimentation saine est naturellement légitime. Plus il grossit, plus il a tendance à se muer en source de stress. Du coup, on en vient à avoir peur de ce qu’on a en nous, des éléments dont nous ne soupçonnions pas l’existence et qui peuplent à notre insu notre estomac, notre intestin et que sais-je encore. Même si ces éléments inconnus peuvent appartenir tant au règne animal qu’au monde industriel, ce sont ces derniers que l’on sera plus enclin à vilipender. Car ce qui est bio est beau. Nous savons là que c’est un raccourci. Mais il marche.

Et cela ne date pas d’hier. Ainsi, pour montrer l’image d’une famille heureuse et pure, une famille d’avant l’industrie, une ONG écologiste avait conçu une affiche mettant en scène des hommes préhistoriques dégustant un barbecue dans une caverne. Heureux hommes totalement libres de produits chimiques….mais combien encombrés de ce carbone naturel qui rongeait leurs poumons.

Aujoud’hui, c’est vrai, nous avons dans notre sang bien plus de produits chimiques dans notre organisme. Certains sont venus par notre alimentation, d’autres par le contact avec des matériaux pas toujours bien calibrés. Un bien ? Un mal ? C’est aux enquêtes de toxicologie de répondre et ce n’est pas par un principe de méfiance absolue que l’on peut résoudre nos peurs alimentaires. En pratiquant une alimentation équilibrée, on diversifie les risques, les chances et les saveurs. Bon appétit.

Philippe de Casabianca

 

Du même auteur :

– L’AUTEUR : Est-il encore en odeur de sainteté ?

IDEES RECUES : L’Europe a-t-elle un sexe ?

– PROFESSION : Faut-il euthanasier les journalistes ?

Retrouvez chaque lundi Philippe de Casabianca sur morethanwords.fr

 


6 commentaires

William de Pace · 5 juillet 2011 à 22 h 06 min

Édifiant…
Cet article est édifiant effectivement.
Ou allons-nous avec l’industrialisation de toute la chaîne alimentaire jusqu’à notre assiette…?

J’avais fait aussi un article sur ce sujet en partie :

La plupart des aliments produits industriellement seraient insipides, d’un aspect peu encourageant, de faible valeur nutritive et/ou d’une conservation limitée sans ajout d’additifs alimentaires.
De longue date, l’homme a cherché à modifier le goût, l’apparence et la conservation de ses aliments. Sans certains additifs comme le sel, le vinaigre ou le salpêtre (nitrate de potassium), nul doute que notre évolution n’aurait pas été identique.

En Europe, les additifs alimentaires sont répartis en 25 familles (colorant, conservateur, exhausteur de goût, etc.)…:

http://santeauquotidien.wordpress.com/2010/12/19/les-additifs-alimentaires/

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